L’écriture de soi d’une femme de la haute société romaine : la marquise Boccapaduli en voyage dans l’Italie d’avant le triennio jacobin (septembre 1794 à décembre 1795)

A Roman aristocrat and her self-writing. The travels of marchioness Boccapaduli through pre-trienno Italy (September 1794-December 1795)

Das Selbstzeugnis einer Frau aus der römischen Oberschicht: die Italienreise der Marquise Boccapaduli vor dem jakobinischen triennio (September 1794 bis Dezember 1795)

DOI : 10.57086/sources.345

p. 13-33

Abstracts

Dans le récit de son voyage à travers l’Italie du nord au sud à la veille de l’arrivée des Français en 1796, qui n’a survécu que par des copies fragmentaires, la marquise Boccapaduli organise un espace d’écriture confidentiel où elle exprime d’une plume alerte sa relation avec le monde qu’elle découvre. Elle nous offre en toute liberté des pages aptes à dire la singularité de son regard, irréductible à toute vision stéréotypée. Elle rend compte de son expérimentation des paysages, développe une curiosité à la fois technicienne et savante, manifeste un vif intérêt pour les mœurs, fêtes et coutumes de divers groupes sociaux, et juge l’art en amatrice qui goûte les objets et se soucie de leur préservation. Elle est par là l’une des premières femmes italiennes à construire une figure personnelle de la voyageuse, dont la langue même fait surgir son corps en le posant malgré l’absence de pathos comme une instance incontournable de la compréhension de l’expérience vécue.

The narrative of marchioness Boccapaduli’s North-to-South travel through Italy before the coming of the French in 1796 remains only in fragmentary copies. The author appears as capable of organizing a confidential space for writing, one where her lively pen can express her relationship to the world she encounters. She freely offers her readers pages that display the originality of a point of view that distances itself from many stereotypes. She relates her own experimenting of landscapes, displays a curiosity that is both technical and scientific, shows a strong interest in the customs, feasts and habits of quite diverse social groups, as well as judges art as a connoisseur with both taste for the objects and concern for their preservation. The marchioness Boccapaduli therefore appears as one of the first Italian women who elaborates a personal model of the woman traveller. Her language goes as far as to bring her own body to the fore by making it – though without pathos – an unavoidable medium of her understanding of her own lived experience.

Gilles Bertrand is professor in early modern history at the university Pierre Mendès-France of Grenoble.

Im Bericht ihrer durch Nord- und Süditalien vor dem Ankunft der Franzosen 1796 geführten Reise, der nur aus fragmentarischen Kopien geliefert wird, bildet die Marquise Boccapaduli einen vertraulichen Schriftraum, wo sie ihr Verhältnis zu der von ihr entdeckten Welt fesselnd ausdrückt. Sie bietet in freier Aussprache Seiten, die die Eigenart ihres aus irgendeiner stereotypen Sicht gefreiten Blicks ausdrücken. Sie berichtet ihr Erlebnis der Landschaften, sie entwickelt eine technische sowie gelehrte Neugier; sie zeigt großes Interesse für die Sitten, Festen und Bräuche der jeweiligen Sozialgruppen und erachtet die Kunst als eine Liebhaberin, die die Objekten mag und die sich für ihre Erhaltung kümmert. Sie ist also eine der ersten italienischen Frauen, die eine eigenartige Figur der Reisenden baut, indem ihr Körper aus des Schreibens auftaucht und, trotz der Abwesenheit des Pathos’, als eine unumgängliche Instanz auftritt, um das Erlebnis zu auffassen.

Gilles Bertrand ist Professor für Frühe Neuzeit an der Pierre Mendès-France-Universität Grenoble.

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La question posée ici est celle des processus d’individuation dans le voyage entendu comme une expérience d’écriture qui accompagne, légitime et donne sens à l’épreuve concrète du déplacement. Le problème est complexe car, en dépit de certaines constantes, d’une part les motivations du voyage à chaque époque sont multiples, entre pèlerinage, rituel social, projet de connaissance, contrainte professionnelle, fuite ou divertissement, et d’autre part les modes d’écriture ont considérablement varié. Ils ne permettent pas de proposer une vision encyclopédique et univoque du lien qui s’instaure entre les individus, leur expérience viatique et le texte que celle-ci génère.

Les trois siècles de l’époque moderne ont été marqués à la fois par une profusion croissante des écritures du voyage répondant à des besoins variés, et par l’absence d’un genre littéraire qui aurait assuré à ce type d’écriture des codes stables, homogènes, partagés et reconnus par des instances faisant autorité, notamment académiques. Tout en décelant une nette domination de la forme épistolaire dans les écrits qui ont accompagné le voyage de formation à l’époque du Grand Tour, on a beaucoup glosé sur l’hybridation du « genre » de la relation de voyage. Même si à l’âge romantique semble s’être imposée la forme littéraire du « récit de voyage1 », l’instabilité propre au « genre métoyen2 » de la relation de voyage ne disparut pas totalement.

Après J. Chupeau et M. Bideaux3, R. Ouellet a constaté à partir de l’exemple des Européens partis aux xvie-xviiie siècles vers l’Amérique que leurs compte-rendus n’étaient pas alors un genre littéraire et variaient selon les attentes et la position du destinataire4. Choisissant de les appeler des « relations » de voyage plutôt que des « récits », terme plus restrictif à ses yeux, il a voulu expliciter l’hétérogénéité formelle des textes écrits de la Renaissance aux Lumières. Constatant l’écart entre ce qui était vécu physiquement et ce qui était retenu dans les écrits, publiés ou non, il a décelé la coexistence de trois exigences dans la relation de voyage.

La première est celle précisément du récit, chargé de restituer la chronologie et l’itinéraire de l’expérience vécue, pour soi ou pour d’autres destinataires, amis, descendants ou financeurs du voyage. Le Journal, ou Viaggio5, de la marquise Boccapaduli répond pleinement à ce critère, même s’il se caractérise par un regard détaché d’observatrice peu encline à confier états d’âme et sentiments. La seconde dimension est celle de l’inventaire encyclopédique qui a pour but de représenter le monde découvert en sélectionnant dans le foisonnement du réel les données botaniques, zoologiques et ethnographiques. Cette description autonome par rapport au « récit » vise une exhaustivité que l’expérience réelle ne peut nourrir. Le journal de la marquise est sur ce point plus lacunaire malgré son souci d’objectivité dans l’analyse et sa volonté de fournir une documentation précise sur les divers aspects de la réalité qui l’entoure. La composante du commentaire est pour finir disséminée dans la narration sous forme de dialogues, de monologues ou d’énoncés impersonnels qui oscillent entre l’assertion, l’interrogation et l’hypothèse, ou génèrent une réflexion indépendante de l’aventure racontée et des nouveautés décrites. Ce registre est présent dans le journal de la marquise Boccapaduli lorsqu’elle porte des jugements positifs ou négatifs au niveau esthétique ou fonctionnel sur les lieux, monuments et personnes rencontrées6.

La question de l’individuation permet de rebondir sur ces catégories. Le voyage suscite des formes de représentations du monde, de soi et des autres nourries par le parcours dans un espace visité et qui conduisent le voyageur à se mettre en scène dans l’écriture immédiate des journaux, lettres et carnets parfois situés en amont d’une publication. Les voyageurs nous intéressent alors sur trois plans. La dimension ontologique opposant l’existence humaine à l’état de nature nous place du côté de la philosophie. Un registre anthropologique résulte de l’appartenance de chaque voyageur à un groupe humain avec lequel il partage des habitudes, des croyances, des techniques, des représentations mentales même si parfois il s’en démarque comme notre marquise romaine. Enfin chaque individu veut devenir unique, différent des autres – c’est le processus d’individuation. Engageant en même temps un processus de subjectivation il lui faut devenir sujet, c’est-à-dire producteur de sa vie puisque tout sujet se construit en tant que support d’une action, en tant qu’il est « ce qui est soumis à l’esprit, à la pensée, ce sur quoi s’exerce la réflexion » (Petit Robert). Or, dans le voyage, comme aussi ailleurs, bien sûr, le sujet aiguise les facultés de son esprit en construisant des images de l’altérité qui en définissent la limite. Il se façonne lui-même en installant l’autre dans un cadre narratif qui l’extériorise et devient, comme sujet du discours, la seule instance autorisée à dire la vérité sur cet autre. Cette acquisition du statut de sujet s’articule toutefois non seulement avec le « devenir unique » de l’individuation, mais également avec un processus de sociation, qui consiste à fabriquer des liens sociaux.

Nous nous demanderons ainsi comment s’imbriquent ces trois processus chez la marquise Boccapaduli (1735-1820). Née Margherita Sparapani Gentili, cette dame de la haute société italienne avait quitté Rome en octobre 1793 pour une résidence dans les Marches, à Pievefavera, sur la route de Foligno à Macerata. C’est de là qu’elle partit en septembre 1794 pour un voyage en Italie en deux moments, le premier au nord d’une durée de huit mois et demi, de septembre 1794 à juin 1795, et le second plus bref au sud, entre la mi-octobre et son retour à Rome deux grands mois plus tard, le 23 décembre 1795.

Il est d’autant plus intéressant de chercher à comprendre comment l’écriture de son voyage participe d’un mécanisme d’individuation que c’est à la charnière entre Lumières et romantisme que se situe le Journal de cette Romaine alerte qui part à près de soixante ans. Il n’est pas fréquent qu’une femme écrive son expérience de voyage, de surcroît une Italienne. Or, de son tour d’Italie, elle a laissé un texte de plus de 530 pages manuscrites même s’il ne nous en reste que 344, soit 127 de la première partie, s’ajoutant aux 217 pages, complètes, de la seconde partie7. Sur ce voyage, environ 200 lettres d’Alessandro Verri au régisseur des biens de la marquise, Domenico Genovesi, resté pendant une bonne partie du temps à Rome, sont susceptibles, outre celles d’Alessandro à son frère Pietro, de nous apporter des éclairages complémentaires. Mais, en l’absence de lettres de la marquise elle-même, c’est dans son Journal que nous chercherons à repérer son positionnement. Qu’exprime-t-elle sur elle en voyage ? Parle-t-elle de ses compagnons ? Que dit-elle de sa quotidienneté, de ses exigences, des contraintes subies, de ses plaisirs et de ses goûts, de ses perceptions intimes dans ces pages dont au moins la partie dans le sud a été recopiée par Genovesi et qui ont pour décor des villes qui, de Venise à Milan ou Naples, étaient, pour elle romaine, des villes étrangères ? Peut-on considérer qu’elles furent avec les campagnes qui les séparaient l’occasion d’affirmer un regard individuel et original ?

Les conditions de l’écriture de soi : le singulier destin d’un Journal partiellement « retrouvé »

Avant d’évoquer les contenus du journal de la marquise Boccapaduli, il convient de fixer quelques jalons pour mieux interroger une écriture qui aide à penser le processus d’individuation à l’œuvre dans les mécanismes de restitution du voyage.

Le cas de la marquise Boccapaduli est-il isolé ?

Un certain nombre d’Italiens ont visité l’Italie au cours du xviiie siècle et en ont laissé des traces écrites, mais ce geste d’inscription fut surtout l’affaire des hommes8. La finalité d’un tel tour n’était pas seulement mondaine, car les voyageurs italiens ont souvent été des gens de science et des observateurs précis des sociétés, de l’art ou de la nature9. En 1794 et 1795 une série d’ouvrages que la marquise ne cite pas révèlent une curiosité croissante des Italiens pour leur territoire10.

Un véritable opprobre continue en revanche de s’opposer au fait d’encourager et a fortiori de publiciser le voyage des femmes à la fin du xviiie siècle. En 1788 le périodique de Gioseffa Cornoldi Caminer, La donna galante ed erudita, ne mentionne pas le voyage parmi les possibles moyens d’éducation ou de plaisir pour les femmes, et la sentence de Pindemonte est sans appel dans son essai sur les voyages paru en 1793 : « Y a-t-il vraiment besoin de voir comment les États sont gouvernés à travers l’Europe, pour mieux gouverner sa maison11 ? » Quelques Italiennes n’en ont pas moins parcouru l’Italie et certaines ont ouvertement médité sur leur expérience dans la seconde moitié du xviiie siècle. L’exemple de la Vénitienne Isabella Teotochi Albrizzi (1760-1836), originaire de Corfou, nous convie peu après la marquise Boccapaduli au tour culturel en Toscane d’une femme de la noblesse soucieuse de tenir un journal12. Notre marquise s’inscrit dans cette mouvance, elle qui dispose de grands domaines qu’elle a entre autres hérités de ses deux oncles Gentili13. Ce n’est cependant qu’à partir de la fin des années 1830 que les écrits de femmes voyageuses italiennes se répandirent plus largement. Le Journal de la Boccapaduli est anticipateur et exceptionnel à son époque, ce qui le rend particulièrement précieux.

Il est vrai que des femmes d’autres nations tirèrent un récit de leurs voyages dans la péninsule au cours de la seconde moitié du xviiie siècle. L’exemple des voyageuses britanniques est d’autant plus emblématique que la marquise admirait profondément les modes anglaises, notamment dans le mobilier et les vêtements. Or, une dizaine de femmes britanniques l’ont précédée en rédigeant le récit de leur expérience. Toutefois, seuls les récits ou lettres de quatre de ces femmes ont été publiés avant 179414. Ces textes ont pu constituer des modèles et une source d’émulation.

Les quelques princesses et autres voyageuses allemandes en Italie restèrent discrètes15. Leur faible présence éditoriale renvoie à la vision dominante d’une femme réduite à son rôle d’accompagnatrice. Le nombre de textes connus de voyageuses françaises en Italie dans la seconde moitié du xviiie siècle est lui aussi infime par rapport à ceux des hommes16.

Face à cette « rareté » des écritures féminines conservées ou connues, le Journal de la marquise Boccapaduli paraît singulier. Ses choix de voyageuse ne sont certes pas en soi incongrus, car vivant séparée de Giuseppe Boccapaduli, homme prodigue épousé en 1754 et privé de ses capacités à gérer ses biens dès 1760, c’est en compagnie d’Alessandro Verri qu’elle visita la péninsule. Habitant dans son palais romain depuis leur rencontre en 1767, Alessandro n’était plus retourné à Milan, où vivait son frère Pietro, et il avait fini par devenir un membre de la « famille » de la marquise.

La marquise recourut non pas à la correspondance mais au journal, dont l’usage était nettement moins répandu à son époque chez les femmes et même les hommes17. Tandis que le mode dialogique de la lettre maintenait un lien de sociabilité mondaine, amicale ou affectueuse entre les voyageurs et leur univers de départ18, Margherita adopta une stratégie à la fois tournée vers soi et d’observatrice extérieure, qui se rattachait à une veine d’écriture féminine en expansion au xviiie siècle du fait des transformations techniques, scientifiques et de mœurs19. Si les femmes italiennes cultivées continuèrent à écrire des poésies, elles se lancèrent en effet dans d’autres formes d’écriture : le théâtre, les récits philosophiques et utopistes, les essais sur l’éducation et la condition féminine, ainsi que les textes scientifiques qui leur assurèrent plus tôt qu’en Angleterre ou en France une vraie reconnaissance sociale, sans oublier l’attrait pour le journalisme après 175020.

Les étapes du voyage

En nous appuyant sur les parties du Journal qui nous sont parvenues mais aussi sur les correspondances d’Alessandro Verri, il est possible de reconstituer un itinéraire dont les étapes sont à première vue classiques. Pourtant ce voyage est triplement original. D’une part, il s’effectue dans un contexte politique pesant, alors que la menace de la Révolution qui plane sur Rome après l’assassinat de l’envoyé français Hugon de Basseville en janvier 1793 a amené la marquise et Alessandro à gagner juste après Pâques 1793 les Marches, en séjournant successivement à Camerino, Civitanuova et enfin à partir de mai 1794 Pievefavera21. En second lieu, n’étant pas centré sur Rome, il rompt avec le but principal de nombreux voyages que les Italiens eux-mêmes pratiquaient lorsqu’ils sillonnaient l’Italie. Enfin, il valorise des séjours d’assez longue durée, de deux à quatre mois, dans des villes comme Venise, Milan et Naples qui n’étaient pas alors toujours au centre de l’attention. Partie avec Alessandro Verri le 21 septembre 1794 de son château de Pievefavera où elle avait passé l’été, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Macerata, la marquise gagna Ancône et de là Venise, où elle resta en octobre et novembre 1794. Sa longue présence les quatre mois suivants à Milan, fut, quant à elle, suivie de trois semaines à Gênes, ainsi qu’en témoignent les lettres d’Alessandro, avant une excursion d’une semaine vers les lacs de Côme, de Lugano, de Varese et Majeur du 29 mars au 5 avril 1795. De Milan, elle se rendit ensuite en Toscane par Parme, Modène et Lucques. Elle atteignit Pise, fit « le voyage de Livourne » (21-27 avril 1795) et enfin séjourna deux semaines et demie à Florence (1er au 18 mai 1795). De ce parcours dans le Nord, seules les pages du Journal sur Milan, les lacs, Parme, Livourne et Florence ont été conservées.

Ayant regagné par Bologne le château de Pievefavera, où ils arrivèrent le 6 juin 1795, la marquise et Alessandro y passèrent un second été avant de repartir à la mi-octobre 1795 pour Naples par la délicate route des Abruzzes, que les voyageurs fréquentaient peu. Un accident survenu le 2 décembre, au retour d’une excursion à Bénévent, obligea le groupe, qu’avait rejoint Domenico Genovesi, à prolonger le séjour à Naples, la marquise ayant dû rétablir sa santé avant d’arriver finalement à Rome le 23 décembre 1795.

Voyage classique ou occasion d’exprimer une singularité ?

Si le Journal s’oppose dans sa structure aux lettres et même à de nombreuses relations de voyage de la fin du xviiie siècle, son originalité est à relativiser et ne tient pas aux seuls effets du hasard de sa conservation. Celui-ci nous a restitué l’intégrité du voyage dans le Sud, recopié par D. Genovesi, alors que près des deux tiers des pages du Nord ont disparu, nous privant de la possibilité de reconstituer de façon exhaustive l’itinéraire22. Il a cependant existé un texte initialement continu, que la marquise n’a jamais souhaité publier et qu’elle n’a pas entrepris de réélaborer. La singularité de ce Journal tient donc à d’autres critères et en particulier à la manière d’écrire de la marquise. Le parcours original qu’elle décrit dans les Abruzzes ou la surreprésentation de Naples et de ses environs par rapport à Florence en portent témoignage23. Même si la marquise commence la plupart de ses descriptions de ville par l’inventaire des principaux monuments religieux ou civils, ce texte ne saurait être comparé à un récit linéaire. Par l’importance quantitative qu’il leur accorde, il privilégie des villes comme Naples, Milan et Florence, manifeste une prise de risque dans certains itinéraires, choisit de parler de nombreux aspects matériels et concrets qui figurent rarement dans les relations de voyage.

Il serait intéressant de comparer les descriptions de villes par la marquise avec celles des guides ou d’autres voyageurs et l’on ne peut que regretter à cet égard la disparition des pages sur Venise, où elle séjourne en plein moment d’afflux des émigrés français. Femme du monde, elle est sensible comme ses pairs à la proximité avec les représentants du pouvoir. Tout comme elle aime parler de la Cour à Milan, elle ne manque pas, quand elle visite Parme, de se rendre à Colorno, « lieu » où réside presque en permanence, rappelle-t-elle, « S.A.R. l’Infante di Parma ». Dans le même temps, de par sa composante de sociabilité et de curiosité, le voyage de la marquise incarnerait parfaitement le Grand Tour « au féminin » si son âge avancé ne contredisait pas ce modèle. Dans le signalement donné aux Inquisiteurs à son arrivée à Venise le 1er octobre 1794, c’est un groupe de neuf personnes qui descend à l’Albergo Reale, composé de la marquise, du « Cav. Alessandro Verri », du « Cav. Piero Malvolti » et de six domestiques24. On est ici en plein voyage d’Ancien Régime, aux antipodes d’une rupture avec le modèle nobiliaire.

Par-delà l’apparente conformité à un modèle social, fût-il en évolution, que penser des motivations de la marquise dans la conduite de son voyage, qui certes ne fut pas entrepris pour des motifs professionnels ? On y entrevoit surtout, comme chez Mme du Boccage ou Isabella Teotochi Albrizzi, un but de formation et d’augmentation des connaissances. N’incarnant pas encore tout à fait, malgré son intrépidité, la figure des grandes aventurières qui se mirent au xixe siècle à conquérir le monde25, la marquise attribuait sans doute à son journal une fonction compensatoire, affirmant de ce fait moins une féminité de son regard que le souhait d’accéder à une culture générale qui n’était plus réservée aux seuls hommes26. Même si elle partit sous une certaine pression des circonstances, elle put, en tant que femme d’expérience, pratiquer son talent d’observatrice des choses concrètes, auquel s’ajoutait la volonté d’adopter un positionnement modeste et tactique par le seul fait de ne pas publier son journal. En usant de l’écriture sans la destiner à la diffusion, la marquise ne fait pas œuvre d’écrivain et n’assigne nullement à son texte un rôle de reconnaissance sociale immédiate, dont elle n’avait que faire. Le Journal amène alors à reposer le problème de savoir si Margherita fut seulement animatrice en surface de son salon ou eut une fonction intellectuelle réellement autonome, que la critique sur les Verri a tendu à sous-estimer27. Il nous permet de mesurer l’écart avec les lettres d’Alessandro Verri, riches d’informations pratiques sur la logistique financière du voyage et les moyens de transport utilisés. On peut ainsi considérer le texte écrit par la marquise comme un authentique lieu d’expression de sa personnalité et se demander si, à défaut de s’étendre sur ses sensations à la différence de Paolina Secco Suardo Grismondi28, elle n’en usa pas avant tout comme d’un espace de liberté, propre à lui permettre de manifester sa curiosité incessante et féconde.

Une multiplicité de goûts et d’intérêts très personnels

La marquise Boccapaduli exprime dans son Journal une multiplicité de goûts, d’intérêts et d’enthousiasmes qui lui sont personnels, quoiqu’ils puissent également être considérés comme propres à son époque. Certes on ne se risquera pas pour autant à la ranger sous la bannière d’une écriture nécessairement « féminine ». Elisabeth Garms-Cornides a contesté de manière convaincante que cette définition restrictive ait un sens, en montrant que de nombreux hommes furent dans leurs relations de voyage au xviiie siècle attentifs à des intérêts supposés propres aux femmes, dès lors qu’ils épousaient les goûts de leur temps. Ainsi furent-ils sensibles à la vie quotidienne, à la manière de se vêtir et d’organiser la maison, à la position sociale de la femme, à la relation entre les sexes, à l’éducation des enfants, à l’alimentation, aux conditions sanitaires29. Il n’en reste pas moins que le regard que pose la marquise est celui d’une femme et que, même dans une écriture conforme à des modèles imposés, comme ici le journal de voyage ou ailleurs les journaux spirituels de religieuses, « l’invention d’un nouveau langage et d’un rapport plus libre – et désordonné, moins codifié – avec l’écriture peut se manifester30 ». Il ne faut pas oublier non plus que nous avons affaire à une femme à la vie intellectuelle intense. La Boccapaduli a de solides amis et, depuis sa rencontre avec Alessandro Verri en 1767, elle s’est mise à lire des auteurs classiques comme Boccace et Bembo ou encore s’est passionnée pour Alfieri. Si elle possède peu de livres, à en juger par les 163 titres de sa bibliothèque, ces derniers ne sont guère typiques des bibliothèques féminines courantes à son époque31. Au lieu des belles-lettres ou des ouvrages de religion, on y trouve des titres relatifs aux antiquités, aux beaux-arts, à la géographie et aux voyages, aux sciences naturelles ainsi que des périodiques. La vie de la marquise est surtout marquée par un amour pour les sciences naturelles, des papillons aux coquillages, et l’on sait que Piranèse lui a installé dans le palais de la via in Arcione un cabinet scientifique avec des meubles dont l’un au moins était en style néo-égyptien. Le grand et unique portrait d’elle peint par Laurent Pécheux en 1776 fait allusion à ce cabinet32. Elle avait en outre une réputation de femme cultivée et ses relations intellectuelles, ses discussions avec doctes et savants, ses collections artistiques et naturalistes étaient bien connues des contemporains33.

Partie le 1er avril 1793 de son casino ou villa près de la Porte San Lorenzo à Rome, et de retour dans la même villa le 21 décembre 1795, soit une absence de deux ans et demi, Margherita a fait voyager avec elle la riche expérience d’une femme qu’Alessandro Verri définissait comme « la seule européenne de Rome ». Au Palais Gentili à Rome, on lisait à haute voix dans le salon et il y avait un théâtre où la marquise jouait avec ses hôtes et donnait des concerts34. L’espace public que générait cette société n’avait rien à voir avec la société de cour. D’ailleurs, la maîtresse des lieux aimait l’habillement moderne à l’opposé des règles jusque-là en vigueur chez les dames de l’aristocratie35. Si elle s’habillait à l’anglaise, refusant les robes rigides à la française avec leurs paniers au profit d’un vêtement permettant de se mouvoir plus aisément, c’est qu’elle faisait état concrètement de sa modernité anti-courtisane. Il ne s’agissait pas pour elle de renier la richesse et la distinction sociale, et cette simplicité de costume n’en faisait pas une femme du peuple, mais elle correspondait à un programme idéologique. La marquise portait deux chaînes de montre à la mode, dont l’une arborait le portrait déjà cité de Laurent Pécheux, elle choisissait des vêtements et bijoux coûteux et des couleurs alors très en vogue, comme le rouge cerise, mais dans sa chevelure elle-même elle revendiquait le naturel contre l’artifice. Contre l’assignation à un rôle figé de femme placée en arrière-plan des hommes dans l’intelligence des choses et des savoirs, il s’agissait d’élaborer une forme d’émancipation qui passait moins par une masculinisation que par le brouillage des genres. Or, la singularité du regard de la marquise s’exprime aussi dans son lexique en même temps que dans le choix des objets qui fixent sa curiosité de voyageuse.

Le souci d’une expérimentation personnelle et méthodique

Elle manifeste d’abord une vive attention aux paysages naturels et à l’ensemble des espaces qui s’interposent entre les villes ou se trouvent à leurs abords. Ce type d’attitude est plutôt nouveau de la part des voyageurs. Avant les années 1770, ceux-ci restaient largement confinés à l’intérieur de leur voiture, dont les rideaux étaient fermés lorsqu’ils traversaient les campagnes, et il a fallu le Voyage en Italie de Lalande en 176936 et toute une série de récits ou de guides postérieurs pour que soient promus les espaces montagneux et archéologiques. Les villes ensevelies d’Herculanum et Pompéi sont devenues essentielles dans tout parcours en Italie depuis leur découverte respective en 1738 et 1748, suivie de l’identification de Pompéi en 1763. Les voyages pittoresques de Saint-Non et Hoüel ont, dans les années 1780, lancé un mouvement d’intérêt pour l’Italie du Sud et la Sicile37.

Plus qu’au nord, malgré sa semaine passée sur les lacs et peut-être aussi en raison des lacunes du texte arrivé jusqu’à nous, c’est surtout au sud de l’Italie qu’elle dit sa jouissance face aux nombreux panoramas qui se déploient devant elle : de même qu’elle appréciait de voir du haut du jardin de Boboli la vue sur Florence et les collines, elle commence dès le début de la seconde partie de son voyage « à goûter de belles vues » le long de la côte Adriatique en quittant Giulianova, puis le spectacle des montagnes, des villes ou des villages au loin compense par ses « délicieux points de vue » le mauvais état des routes. Fait remarquable, c’est autour de sa position d’observatrice que s’organise et se mesure le paysage : « Plus je me rapprochais de Capoue et plus les montagnes s’éloignaient de moi38 ». À Naples, depuis les fenêtres de l’Albergo Reale, « on jouit de l’aspect de la mer, et du Vésuve », tandis que le palais du duc Riario et la maison de Sir William Hamilton bénéficient tous deux « de vues splendides », le premier vers la Marina et le Vésuve entouré de ses campagnes cultivées, et la seconde « de toutes parts ». Montée sur le Vésuve, elle voit « les plus beaux tableaux qu’un pinceau brillant saurait mieux exprimer que moi » avec la mer, la ville de Naples qui « domine » sur cette côte et de l’autre côté des montagnes dont certaines sont déjà couvertes de neige. Cette jouissance, qu’exprime avec insistance l’usage du verbe godere, mêle également aux éléments naturels des artefacts, ainsi que le prouve la description de l’arrivée de la flotte anglaise au large de Livourne. Celle-ci fait profiter la marquise « d’un spectacle » que ne peuvent imaginer ceux qui n’en ont pas idée : « La mer semblait peuplée d’immenses Palais », s’exclame-t-elle, « les eaux en étaient toutes recouvertes ». Il est vrai que ce type d’enthousiasme était à l’époque assez fréquent, comme le révèle une note du consul de France à Venise en 179339. Mais le contraste est en l’occurrence frappant par rapport à l’intérieur de la ville de Livourne jugé étroit avec ses « habitations toutes serrées ». Livourne « n’a aucune vue », écrit-elle : en dehors de la grand’rue on n’y trouve que des « espèces de ruelles ».

Le paysage est pour la marquise un espace expérimenté. Après avoir enduré la neige à Milan de Noël à la fin février, la navigation sur le lac de Lugano à bord de « très mauvaises barques » s’avère traumatisante. La vive attention qu’elle prête à l’état matériel de la chaussée rappelle de son côté le journal manuscrit où Charles-André d’Herculais, officier dauphinois, narre son voyage d’Italie jusqu’à Naples en 1781-178240. L’espace de la route est décrit avec précision parce que c’est une composante essentielle de l’expérience du voyageur, sur laquelle il y a à voir et à dire. On retrouve aussi dans le Journal de la marquise un peu de l’élan explorateur d’une série de nobles dauphinois qui arpentèrent les montagnes du Dauphiné dans les années 178041. Sur les pentes du Vésuve, elle observe la matière et les couleurs des roches, expérimente la lave, se confronte en femme qui marche avec les aspérités du sol et les inconvénients de la chaleur et la fumée. Elle procède par ailleurs volontiers à un inventaire des animaux et végétaux. Elle aime à scruter le corps des brebis, à se détailler les lièvres, les porcs ou les souris, les bois de pins ou les campagnes entières couvertes de choux. Elle est sensible à l’organisation d’un paysage cultivé, mais déplore aussi le désordre autour d’une auberge des Abruzzes, à Rocca, où la confusion des vignes et des arbres fruitiers parmi les saules et les chênes « donne l’aspect d’une forêt ».

Les techniques retiennent son attention, depuis la forme des tonneaux ou l’art d’enlever la neige jusqu’aux modes de navigation. Sur les lacs du nord, elle prend soin de décrire chaque barque. Elle visite à Livourne les navires de guerre et, quand elle monte à bord, elle tient à préciser : « j’observai avec plaisir chaque chose ». Cette liberté du coup d’œil l’intéresse davantage que de se faire inviter à déjeuner. Elle suggère avoir joui d’un spectacle analogue à Venise et un discours spécialisé s’ensuit sur les types d’embarcations qu’elle a vues depuis le début de son voyage : chébec, galère, corvette, bucentaure, péotte, burchiello, gondole. Fouineuse d’objets, elle n’est pas moins attentive au développement industriel et à l’actualité militaire.

La marquise enfin est intéressée par l’histoire naturelle. Cela n’étonne pas quand on se souvient de sa fièvre de collectionneuse, dont Isabella Colucci a souligné la modernité qui l’amena à adopter une méthodologie sélective et classificatoire42. Dans la préface de la seconde partie du voyage, le fidèle Genovesi rappelle qu’elle a « passé du temps à observer la naturelle exposition des lieux » et que « sa profonde érudition sur l’Histoire Naturelle » en a fait la fondatrice des cabinets de cette classe. De fait, elle s’attarde sur les roches qu’elle rencontre dans la nature et sur les objets des collections qu’elle visite. Elle se réjouit de voir la collection d’histoire naturelle que le fils du duc de Parme, le prince héréditaire Lodovico, a constituée dans le château de Colorno. À Florence elle décrit outre la manufacture de Pierres dures le « Cabinet de machines physiques », qu’elle juge « le plus abondant […] d’Europe et aussi le plus improductif » en raison des cabales qui ont eu raison des efforts de divulgation scientifique du « valeureux » Fontana43. Surtout elle juge par elle-même. Elle note sur la face extérieure de l’amphithéâtre de Domitien, près de la Solfatare, « un tuf noirâtre que je juge être de la lave », puis des stucs lui « apparurent nouveaux, ne les ayant pas observés dans d’autres arènes44 ». Procédant par hypothèses, observations et comparaisons, sa démarche méthodique l’amène à user de formules telles que « on croit que », « moi je crois », « si après un examen qui me coûta de gros efforts je peux risquer mon jugement ». C’est ainsi qu’elle entreprend de démythifier, comme on le verra plus loin, les légendes courant sur la grotte de la Sibylle.

Décrire les usages et coutumes

La marquise aime décrire les usages et coutumes. Moins qu’aux salons, certes pas aussi célèbres qu’à Rome à cette époque45, c’est au « Grand Théâtre » de la Scala qu’elle s’intéresse dans de longues pages du Journal parce qu’elle y cueille une sorte de vitrine de la vie publique milanaise. Elle note qu’à Livourne les femmes vont comme les hommes au café, mais marque son impatience face aux mœurs égalisatrices car il lui semble être toujours en mauvaise compagnie dans cette ville, n’ayant envie d’adresser la parole à personne même si elle rencontre parfois des personnes cordiales. Et de conclure qu’elle a l’impression d’être dans « le Pays de l’égalité française », avec de surcroît le fait de ne pas y trouver le « vernis de la politesse ». Il faut dire que Livourne lui renvoie une image très négative de la sociabilité : la mentalité commerçante y règne en maîtresse, chacun y est occupé de ses affaires, les rapports ne sont pas en général agréables et pour tout dire, « il n’y a pas de noblesse ». Ailleurs elle observe avec gourmandise les tenues des deux sexes comme à Milan et plus précisément les costumes pittoresques des femmes, s’arrêtant aux coiffures des paysannes lombardes ou parmesanes et comparant les costumes de Castel di Sangro avec ceux de Nettuno. Elle ne s’empêche pas de marquer sa distance avec les comportements rustiques et grossiers des habitants de Capoue tout en décrivant avec soin leurs vêtements.

Mais elle n’est pas seulement une spectatrice passive. Sa description de l’église de San Ferdinando à Naples est emblématique de sa capacité à dépasser la description rapide des œuvres d’art ou des vêtements caractéristiques, et à prêter une attention aiguë aux faits de mœurs, aux comportements des individus, s’étonnant par exemple de voir si peu de personnes s’agenouiller au moment de l’élévation. C’est ainsi qu’elle enquête, qu’elle interroge, qu’elle parle avec des personnes de toutes les classes sociales pour en savoir davantage sur ce qu’elle voit. Elle s’intéresse de près aux sépultures et aux cérémonies, décrivant à Milan la manière de porter les morts, à Livourne les tombes et cimetières des différentes nations ainsi que les rites funéraires catholiques, puis à Naples la procession de Saint-Janvier et la manière de rendre les honneurs funèbres, avec encore la description d’une procession. S’inscrivant dans le regain d’intérêt des élites pour les lazzaroni46, elle n’hésite pas à aborder les passants pour mieux connaître les pratiques populaires. La même curiosité et le désir de se placer dans la position de l’enquêteur l’amènent à décrire les usages du théâtre San Carlo, la conduite sportive des voitures, l’importance des modes anglaises ou les pratiques du tribunal du Vicariat à Naples, dont elle peut rendre compte pour avoir assisté à un procès et entendu le récit de l’action menée par un prêtre qui s’était senti offensé par un travestissement sacrilège en temps de carnaval.

Son journal est constellé de rencontres qui transparaissent à travers l’utilisation qu’elle en fait pour se mettre à distance des informations qu’elle transmet. Les gardes que la marquise engage pour protéger sa petite troupe de possibles assassins dans la traversée des Abruzzes sont eux-mêmes des médiateurs, qui narrent pendant le voyage des épisodes de brigandage. Tout au long du Journal on a l’écho de ce qui a été dit à la voyageuse : « la curiosité me poussa à demander ce que c’était, et je sus […] ». Elle utilise de nombreux guides plus ou moins explicites : accompagnateurs, conducteurs, paysans. Elle profite aussi de certains intermédiaires comme par exemple le sculpteur Deste pour aller voir le groupe de Canova dont il sera un peu plus loin question chez le marquis Berio à Naples. Elle manifeste la même prudence que Lalande dans son Voyage en Italie quand, pour ne pas assumer la responsabilité d’un constat, elle s’en décharge sur ce qui est dit par d’autres : « me dirent-ils », « qu’ils supposent avoir été », « dont on dit que s’y trouva », « où pieusement on croit que fut emprisonné Saint Janvier », « qu’on dit correspondre », « on dit qu’il [le Vésuve] s’abaissa ». Elle est attentive aux faits de langue, jusqu’aux traits de prononciation à Naples, ce qui renvoie à sa propre manière de s’exprimer, caractérisée notamment par le recours à quelques mots français (perter pour parterre, pandul pour pendule, budoire pour boudoir, etc.).

Ainsi transparaissent tout à la fois un regard critique qui se rattache aux Lumières et le positionnement d’une individualité qui ne se soumet pas aux autorités. Dans la ligne inaugurée par Baudelot de Dairval en 168647 et poursuivie pendant plus d’un siècle, elle veut voir et éprouver par elle-même.

Jugements sur l’art et curiosité patrimoniale

Les jugements sur l’art sont fréquents sous la plume de la marquise. Ce n’est ni en artiste, ni en connaisseuse, ni en curieuse qu’elle visite l’Italie, même si elle possède un discernement certain pour juger de l’art, propre au connaisseur, et participe de la tendance des curieux à accumuler des objets. Se posant moins en personne qui sait ou qui amasse des œuvres que comme quelqu’un qui les goûte et a de l’affection pour elles, c’est bien un voyage d’amatrice qu’elle accomplit, pour reprendre les distinctions de C. Guichard48. Le goût se rattache chez elle au loisir cultivé, sans que cela l’empêche de se comporter à l’occasion en experte dans les choses de l’art. Elle juge beaucoup, distribue de bons et de mauvais points, partage avec les décennies antérieures un mépris classique à l’égard du « goût gothique » et des architectures des « temps reculés » du Moyen Age qu’elle voit à Bénévent comme des décorations plus récentes d’églises ou de couvents napolitains qui n’ont « rien de rare, ni de beau ». La surprise que lui procurent les œuvres va pour elle de pair avec une idée de leur noblesse. À Parme l’accrochent la « vérité » et la « noble douleur » d’un Christ mort du Corrège, ou la « couleur », la « grâce » et la « noblesse » des personnages de la Madonne de Saint-Jérôme du même peintre, qu’elle juge être un « chef d’œuvre », tandis que d’autres tableaux à l’Académie des Beaux-Arts n’ont « rien de surprenant ». La marquise est sensible aux critères qui concernent la manière d’exposer et présenter les œuvres. Elle relève au « Musée des Tableaux, et Statues » de Florence le travail accompli par le surintendant Puccini qui « est en train de mettre [les œuvres] en ordre selon la chronologie des auteurs des [diverses] époques et les progrès des arts ». Passionnée de Canova, comme le révèle sa correspondance avec l’artiste49, elle décrit à Naples la manière dont le marquis Berio a disposé le groupe de Vénus et Adonis dans un temple circulaire qui permet de tourner autour de la statue et où un éclairage nocturne vise à « obtenir le plus grand effet ».

Son intérêt pour l’Antiquité est pleinement de son époque et préfigure l’intérêt archéologique que manifestent nombre de ses contemporains, comme par exemple l’ingénieur des Ponts et chaussées Prony lorsqu’il viendra passer un an à Rome en 1810-181150. À Naples, les catacombes la ravissent. Elle consacre de plus nombreuses pages à Pompéi qu’à Herculanum et s’étend largement sur Baia et les Champs Phlégréens qui constituent le versant plus traditionnel de la visite à Naples. Même en ruines un temple de Vénus « montre encore sa grandeur » et elle n’hésite pas à visiter des lieux et monuments connus, comme à Pozzuoli le Temple dit de Jupiter Sérapis ou la grotte de la Sibylle. Elle s’avère ainsi être une voyageuse cultivée, curieuse des nouveautés sur lesquelles elle est très bien informée mais non pas moins attentive à parcourir les lieux déjà connus.

Elle aime décrire les statues, vases, pierres, lampadaires, tissus, et commenter la forme et les couleurs des meubles de toutes sortes. Son sens des objets décoratifs, qu’elle se plaît à détailler et décompter en prenant son temps, rend très vivantes à Naples ses descriptions du théâtre San Carlo, du Palais de Caserta ou du Palais Acton. Elle apprécie tout particulièrement les modes et le style anglais depuis le palais du comte Belgioioso à Milan jusqu’à la maison du « peintre de cour » Hackert à Naples, qu’elle juge « bien meublée », avec « simplicité et élégance ». Sa pratique des visites personnelles d’ateliers tant chez Hackert que dans l’atelier de Tischbein se relie par ailleurs à une mode alors courante, attestée notamment à Lyon, et favorise le contact direct avec les artistes et leurs œuvres.

Elle manifeste souvent dans le Journal une attention à la préservation du patrimoine. À Parme, elle regrette que le Christ avec les douze apôtres peints par le Corrège à la coupole de Saint-Jean l’Evangéliste « reste obscur pour bien en jouir » et elle s’intéresse dans une galerie de l’Académie des Beaux-Arts aux statues trouvées à Veleia, « bien conservées, et de belle manière ». Elle juge aussi que le parterre de l’ancien Théâtre est trop « abîmé pour servir mais non pas pour qu’on le voie ». Place est ainsi faite à la jouissance patrimoniale. Au Palais Pitti à Florence, la Vierge à la chaise de Raphaël « commence à souffrir ». Si Montesquieu annonçait déjà cette sensibilité lors de son voyage en Italie de 1728-172951, le Journal de la marquise y introduit néanmoins une forte présence de son moi en tant qu’instance légitimante de la qualité préservée des objets de sciences et d’art.

L’intérêt porté à la construction d’une figure personnelle de la voyageuse

Certes le Journal nous montre une voyageuse en action, qui décrit une multitude de lieux et de scènes. Mais il est surtout original par l’insertion de traces du moi, à commencer par l’usage continuel de la première personne du passé simple (passai, mi trovai, smontai, salii, feci dimandare, osservai…). On peut traquer les formes de la présence du moi à travers la manière dont s’organisent le récit, certains choix lexicaux et le recours à l’anecdote et aux comptes rendus de péripéties.

Le voyage est d’entrée de jeu motivé par le souci de rompre avec le cercle mondain qui formait les habitudes de la marquise à Rome. Son fidèle secrétaire, Domenico Genovesi, le souligne dès la préface qu’il rédige en tête de sa transcription de la seconde partie du journal, racontant le voyage dans le Sud de Pievefavera à Rome par Castel di Sangro et Naples :

Si ce n’est pas une nouveauté que d’écrire le Voyage d’Italie, il est en revanche très nouveau que cela soit le fait d’une Dame Romaine, laquelle en renonçant aux cercles, aux salons, au faste des cours, a employé son temps à observer l’exposition naturelle des lieux, les travaux de l’art, les restes des anciennes splendeurs, et ces monuments qui ont du crédit dans les récits.

Bien qu’elle mène à Milan une sociabilité active et déplore qu’à Livourne, où elle a comme ailleurs des connaissances, les personnes « connaissent peu ces manières communes à la Bonne société », la marquise Boccapaduli ne cesse de revendiquer une forme de liberté en voyage. Elle n’hésite pas à dire que les conversations lui pèsent quand elle va chez quelqu’un. Ainsi se lamente-t-elle chez un M. Basile qui la reçoit à souper dans sa villa à Castellammare, peu avant Pescara, de l’« habituel ennui de ces conversations où l’on n’était jamais libres ». Elle juge avec liberté, dit ses goûts, ses humeurs et ses enthousiasmes, précise ce qu’elle aime ou n’aime pas. À propos du théâtre, elle assure comme narratrice le lien entre Venise, visitée avant, et Naples, vue après, pour dire que dans les deux cas la simple comédie y est « insupportable ». Elle suggère une certaine gourmandise quand elle évoque les dragées à Sulmona, les glaces à Naples, les vins rouges de Baia exportés jusqu’en Amérique, les huîtres du lac de Fusaro qu’elle juge nettement meilleures que celles de Naples ou le chocolat à Velletri. Elle n’oublie d’ailleurs pas de signaler à Pompéi une pièce à l’usage des prêtres derrière le temple d’Isis, où furent trouvés des aliments, en particulier du raisin et du jambon.

Elle fait surtout de sa curiosité le moteur de son voyage, prévalant sur les difficultés qui en résultent. Le désir d’examiner la grotte de la Sibylle l’amène à passer sur l’incommodité des souterrains et braver la présence de l’eau en se faisant porter sur les épaules par les hommes trouvés sur place :

J’entrai donc dans cette grotte, et le désir d’examiner un lieu si célébré me fit ressentir comme moins incommode le tour dans ces souterrains que j’observai avec attention à la lumière claire de quelques torches que je fis venir. Si après un examen qui me coûta beaucoup d’effort je peux m’avancer à risquer un jugement, je dirai que la grotte si vantée de la Sibylle de Cumes n’est qu’une très ancienne carrière de tuf semblable à celles d’aujourd’hui, dont j’en ai vu plusieurs à côté de Naples.

Du coup, dans ce même paragraphe dont le titre traduit sa prise de distance face aux idées reçues – « Grottes correspondant à celle de la Sibylle » – elle donne toute sa place à une interprétation personnelle :

Au vu de l’ébauche d’une échelle creusée à même le tuf, et qu’ils font passer pour une échelle secrète de la Sibylle, je crois quant à moi qu’elle était prédisposée pour faciliter le transport des pierres depuis les carrières supérieures, et que celles-ci furent sans doute ouvertes pour acheminer les matériaux vers la ville proche de Cumes. Moi donc qui connais bien nos carrières modernes, je ne peux moins que déclarer que de telles grottes sont ennoblies par un élan d’imagination poétique et que cela aura été précieux jusqu’à ce que l’histoire se sera dépouillée de certaines des opinions fabuleuses qui l’entouraient.

Elle met en doute, se fait accorder les délais qu’elle estime nécessaires, employant « autant de temps qu’il me plut » pour observer l’ampoule du sang de Saint-Janvier, et elle se dit perplexe sur le lieu où le saint aurait été tenu en prison dans l’amphithéâtre de Domitien – « hypothèse », juge-t-elle. Faisant sienne la leçon de Misson52 un siècle plus tôt, en 1691, elle veut voir de ses propres yeux la Solfatare afin de confronter le lieu réel avec sa réputation : « je n’omettai pas de faire cette excursion, étant désireuse de reconnaître de mes propres yeux ce que la renommée m’en avait depuis longtemps indiqué ».

Par ce travail de démystification, la marquise s’inscrit dans la lignée rationaliste et critique des Lumières et construit un raisonnement qui met en avant sa capacité de jugement. Cette manière de procéder se retrouve dans son appréciation sur le peuple de Bénévent, qui lui a « semblé docile et tranquille, pour autant que je puisse en juger sur la base des personnes avec lesquelles j’ai eu affaire ».

La marquise Boccapaduli est également attentive aux tromperies qu’elle subit en voyage. Ayant horreur d’être abusée, elle relève de façon systématique les cas dont elle se souvient. Dès le départ de la seconde partie du voyage, elle s’afflige à Giulianova de l’attitude d’un prêtre qui maugrée pour n’avoir pas reçu l’argent qu’il attendait, puis tout au long de son parcours dans les auberges et hôtelleries, jusqu’à la « détestable auberge de Baia », on retrouve ce lieu commun des récits de voyage qui prend sous sa plume une particulière acuité. Enfin, au retour de Bénévent après son accident du 2 décembre, les diverses personnes rencontrées témoignent à ses yeux de bien peu d’empressement à aider la victime principale (elle-même), y compris le fameux médecin Cotugno qui s’était pourtant montré attentif à son égard à Rome et qui par l’intermédiaire de Bartolomeo, le fidèle domestique de la marquise, renvoie cette dernière à un chirurgien : « Mais Bartolomeo s’entendit répondre avec une placide gravité esculapienne que ce cas relevait d’un chirurgien, et que lui comme médecin n’était pas concerné ».

Son goût pour l’anecdote et plus largement pour le récit amène enfin la marquise à mettre en scène son corps. Cette démarche peut prendre la forme toute simple de l’expression d’une gêne, comme à Florence lorsqu’elle déplore la poussière qui « suffoque » à la promenade des Cascine. On note ici une différence avec l’usage traditionnel de l’anecdote dans un certain nombre de récits de voyage en Italie comme ceux de Misson, Guyot de Merville ou Grosley53, chez lesquels elle remplit plutôt une fonction d’ornement de la narration et n’engage pas à proprement parler le corps du voyageur. Il en va tout autrement dans le Journal de la marquise. La meilleure preuve de la participation de cet art à un processus d’individuation nous est donnée dans le récit de son accident au retour de Bénévent, lorsque le 2 décembre 1795 la voiture verse et que la marquise est écrasée sous le poids de ses deux compagnons de voyage Alessandro Verri et Domenico Genovesi. Elle détaille alors les douleurs physiques ressenties dans son corps, celui-ci devenant un sujet de l’expérience du voyage, l’objet même du récit à la faveur d’une véritable analyse clinique :

Je m’aperçus que je n’étais nulle part grièvement blessée car tous mes membres répondaient à l’exception du bras droit dont je me lamentais grandement, bien que je pouvais un peu le mouvoir, d’où après diverses observations on conclut qu’il n’y avait pas de fracture, ce que confirmait la douleur qui ne se manifestait pas de façon spasmodique. […] Pendant ce temps la voiture étant réduite à un amas de ruines, […] il fallut se diriger vers la ville, où l’on avait aussitôt envoyé le garçon à cheval pour expédier une voiture à notre rencontre. Mes jambes n’étaient pas touchées, mais je souffrais d’une forte pression sous la mamelle gauche, qui m’ôtait le souffle au point que les autres craignaient et que je craignais moi aussi de devoir m’évanouir, ou de souffrir l’assaut de convulsions.

Le lecteur est informé des conséquences de l’accident lorsque, à l’approche de son hôtel napolitain, l’Albergo Reale, elle est « sur le point de s’évanouir » et « quasiment privée de ses sens », puis la narratrice évoque le traitement que le chirurgien lui procura et les douleurs qu’elle continua de subir « pendant cinq ou six nuits ».

Conclusion

La marquise Boccapaduli nous offre dans les pages de son Journal l’exemple d’une écriture aussi libre que la manière dont elle concevait le voyage et plus généralement sa vie sociale. À l’extrême fin du xviiie siècle et alors que l’Italie n’a pas encore entamé sa révolution, elle utilise son journal comme un lieu propice à la démonstration de sa liberté. Liberté avec les codes du genre de la relation de voyage, fussent-ils alors hybrides, puisqu’elle rompt avec l’habitude de la lettre et choisit le journal sans pour autant s’astreindre à consigner au jour le jour ce qu’elle fait. Liberté avec les itinéraires, puisqu’à côté d’étapes classiques pour les Italiens eux-mêmes dans les dernières décennies du xviiie siècle, comme Venise, Florence ou Naples, elle ajoute des parcours totalement neufs dans les Abruzzes, prend le risque d’être bloquée par les neiges à Turin ou de vivre des expériences qui mettent son corps en péril pourvu qu’elle puisse satisfaire son impératif de curiosité. Liberté dans les objets, car si elle aime voir des lieux ou monuments alors à la mode, comme les villes antiques ensevelies, elle en explore d’autres qu’il lui faut conquérir à force d’intermédiaires, depuis les collections privées jusqu’aux sites d’accès difficile, et elle se plaît à observer les comportements de personnes qui n’appartiennent pas à son groupe social. Liberté de ton enfin, car elle juge qui elle veut et comme elle veut, profitant de ce journal manuscrit qu’elle ne destine à aucune publication.

Ce faisant, et alors même qu’on ne lui connaît que peu d’écrits en dehors de quelques lettres54, le Journal s’avère comme le lieu d’expression par excellence d’une liberté par l’écriture. Il montre comment une femme qui voyage avec sa « famille » atypique, composée d’un chevalier servant, Verri, d’un jeune protégé, Pietro Malvolti, d’un fidèle secrétaire et ami, Genovesi, et de domestiques à toute épreuve, parvient à accomplir une forme de révolution. L’écriture pour elle n’est pas un rite social, elle n’y recherche pas le dialogue avec une consœur ou un ami, elle se soucie peu des équilibres entre les sujets qu’elle aborde : tout au contraire elle se présente, à l’instar de ce qu’a été le voyage lui-même pour son auteur, comme un terrain d’expérimentation où se donne librement à lire l’histoire d’une curiosité en mouvement et celle d’un corps qui désire, qui aime les paysages, les statues de Canova et les huîtres du lac de Fusaro, et qui s’offre aussi comme un corps souffrant, se mesurant à l’aspérité ou à la chaleur des roches sur lesquelles elle se risque à marcher. Or, au service de ce projet d’une grande modernité, à peu d’années des voyages de Humboldt et au seuil de l’âge romantique, ce que nous-mêmes nous rencontrons est un art du récit. La marquise devient unique en racontant et en se racontant, en cultivant le sens du détail concret, le goût pour les objets du vaste monde, de la campagne aux appartements particuliers. Ce qui la rend unique, c’est de construire son sujet observant en l’arrachant aux contraintes de la sociabilité, des modes (qu’elle n’ignore pourtant pas) et du regard des autres. Sa sobriété de ton lui permet de manifester son individualité en jugeant ce qu’elle expérimente, mais sans jamais se laisser aller à des expressions d’enthousiasme abstrait ou générique.

Aussi n’est-ce pas le moindre des paradoxes que la première partie de ce journal de voyage ne nous soit plus connue que par quelques fragments recopiés par Alessandro Giulini en 191755 et que la seconde soit jusqu’à ce jour restée enfouie dans les Archives d’État de Rome. D’ici peu cet ensemble sera mis au jour par l’éditeur romain Viella. Il reste que l’absence d’intérêt de la marquise à l’égard d’une publication atteste, même si le cas est loin d’être isolé, d’une fonction essentielle de l’écriture dans son rapport avec le corps voyageur : une forme de thérapie à usage personnel, livrée sans nul souci de didactisme ou de postérité au grand trou noir des siècles.

1 Roland Le Huenen, « Qu’est-ce qu’un récit de voyage ? », Littérales, n° 7, Les modèles du récit de voyage, Université de Paris X-Nanterre, 1990, p. 

2 Ce terme, utilisé par l’avis du « Libraire au lecteur » dans le Journal du voyage d’Espagne de François Bertaut en 1669 pour définir alors les

3 Jacques Chupeau, « Le récit de voyage aux lisières du roman », Revue d’histoire littéraire de la France, 1977, n° 3-4, p. 536-553 ; Michel Bideaux

4 Réal Ouellet, La relation de voyage en Amérique (xvie-xviiie siècle). Au carrefour des genres, Québec, Les Presses de l’Université Laval/Editions du

5 Le mot Viaggio (voyage) figure dans le titre donné par Genovesi lorsqu’il recopie la seconde partie du manuscrit consacrée au voyage dans le sud (

6 Ces différentes caractéristiques du journal de la marquise ont été dégagées par Ricciarda Ricorda à propos du seul passage jusqu’ici publié, celui

7 L’original de la première partie du Viaggio d’Italia della marchesa Sparapani Gentili Boccapadule, narrant le voyage dans le Nord de l’Italie, est

8 Voir la liste dressée par Luca Clerici, Viaggiatori italiani in Italia, 1700-1998. Per una bibliografia, Milan, Edizioni Sylvestre Bonnard, 1999.

9 Des étapes de son voyage en Italie en 1795-1796, Ippolito Pindemonte cite Portici et Pompéi, Mantoue, Crémone, Plaisance, Milan, Parme, Modène

10 Notamment Carlo Amoretti vers les lacs Majeur, de Lugano et de Come, et le naturaliste Giorgio Santi au Montamiata. Voir L. Clerici, Viaggiatori

11 I viaggi, Venise, Carlo Palese, 1793, cité par R. Ricorda, Viaggiatrici italiane…, op. cit., p. 17. Diverses informations rassemblées dans ce

12 Le Diario di viaggio e visita di Firenze a été publié deux cents ans plus tard par Cinzia Giorgetti, « Il “petit tour” di Isabella Teotochi

13 Voir Isabella Colucci, « Il salotto e le collezioni della marchesa Boccapaduli », Quaderni storici, 2004/2, n° 116, p. 449-493, en particulier p. 

14 Respectivement Lady Montagu en 1763 (posthume :Letters written during her Travels in Europe, Asia and Africa etc., London, Becket, 3 vol.), Lady

15 Ainsi Friederike Sophie Wilhelmine de Prusse en 1754, la duchesse de Saxe-Weimar-Eisenach en 1788 ou la comtesse de Lichtenau en 1795. Il fallut

16 Sur ce sujet, voir la discussion à propos de l’Italie pré-révolutionnaire dansNicolas Bourguinat, « Traces et sens de l’Histoire chez les

17 Quelques femmes recoururent malgré tout au genre du journal à l’époque de la marquise Boccapaduli, sans pour autant le publier : Lady Coke en

18 Voir les lettres et les journaux de Simon-Louis Du Ry présentés dans ce même numéro par Adeline Rege, p. 35-50.

19 Voir Luisa Ricaldone, La scrittura nascosta : donne di lettere e loro immagini tra Arcadia e Restaurazione, Paris-Fiesole, Champion-Cadmo, 1996 et

20 De nombreuses femmes italiennes diffusèrent le newtonianisme ou s’illustrèrent au xviiie siècle dans les sciences exactes. Ainsi Laura Bassi à

21 La marquise Boccapaduli et Alessandro Verri passent l’été 1794 et l’été 1795 dans le château de Pievefavera. Sur ce séjour, voir Nicola Raponi, « 

22 On trouve néanmoins trace par la correspondance de Verri des dates précises de deux séjours intercalés dans ceux de Venise (une semaine à Padoue)

23 Seules 38 pages sont consacrées à Florence dans la première partie du Viaggio (p. 274-312) contre 176 pages à Naples et à ses environs dans la

24 « Forestieri arrivati il primo corrente colla corriera di Firenze », Annotation des arrivées d’étrangers à Venise, octobre 1794-février [1795]

25 Barbara Hodgson, Les Aventurières, xviie-xixe siècles. Récits de femmes voyageuses, Paris, Seuil, 2002 ; Alexandra Lapierre et Christel Mouchard

26 C’est le point de vue retenu par Elisabeth Garms-Cornides sur la littérature de voyage féminine (« Esiste un Grand Tour al femminile ? », dans

27 Cette question a été clairement posée par I. Colucci, « Il salotto. », op. cit., p. 449.

28 Cette comtesse née en 1746, qui tenait salon à Bergame, tira de son voyage en 1788 le poème « Il viaggio di Genova e di Toscana », dans Poesie

29 E. Garms-Cornides, « Esiste un Grand Tour… ? », op. cit., p. 180-181.

30 Marina Caffiero, « Per una storia delle scritture delle donne a Roma in età moderna e contemporanea », introduction au volume Scritture di donne.

31 Fabio Tarzia, « Libri e letture di una dilettante : il caso della marchesa Gentili e i progetti letterari di Alessandro Verri », dans Id., Libri e

32 Grazietta Butazzi, « Moda e lumi. Il ritratto della marchesa Margherita Gentili Sparapani Boccapaduli di Laurent Pécheux », dans Liliana Barroero

33 Marina Pieretti, « Il Viaggio d’Italia di Margherita Sparapani Gentili Boccapaduli », dans Marina Caffiero et Manola Ida Venzo (dir.), Scritture di

34 Marina Caffiero, « Questioni di salotto ? Sfera pubblica e ruoli femminili nel ‘700 », dans Maria Luisa Betri et Elena Brambilla (dir.), Salotti e

35 G. Butazzi, « Moda e lumi . », op. cit. ; M. Pieretti, « Il Viaggio d’Italia. », op. cit.

36 Jérôme de Lalande, Voyage d’un François en Italie fait dans les années 1765 et 1766, Paris, Desaint, 1769, 8 vol.

37 Jean-Claude Richard de Saint-Non, Voyage pittoresque ou description des Royaumes de Naples et de Sicile, Paris, impr. de Clousier, 1781-1786, 4 vol

38 Tous les passages du Journal de la marquise ont été traduits par moi ; les italiques sont aussi de moi.

39 Note du consul Denis Leblond du 4 juin 1793, Ministère des Affaires Étrangères, Centre des Archives Diplomatiques de Nantes, 724PO/1/7.

40 Gilles Bertrand, Le Grand Tour revisité. Pour une archéologie du tourisme : le voyage des Français en Italie, milieu xviiie siècle-début xixe

41 Gilles Bertrand, « Construire un discours sur la montagne : nobles et savants vers les Alpes occidentales au tournant des Lumières (v. 1760-v. 1820

42 I. Colucci, « Il salotto. », op. cit., p. 457-464.

43 « Florence »,Viaggio., première partie, Fondo Novati, busta 48, fasc. 194. 63, f. 12.

44 Viaggio., seconde partie, f. 189.

45 Sur la réticence de la culture lombarde du xviiie siècle, jusqu’à Pietro Verri compris, à l’égard d’une publicité des lieux de rencontre privée

46 Élisabeth Chevallier, « Le lazzarone napolitain vu par les voyageurs étrangers du xviiie siècle : est-il bon, est-il méchant ? », Bulletin de l’

47 Charles César Baudelot de Dairval, De l’utilité des voyages et de l’avantage que la recherche des antiquitez procure aux sçavans, Paris, Pierre

48 Charlotte Guichard, Les amateurs d’art à Paris au xviiie siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2008.

49 Isabella Colucci, « Antonio Canova, la marchesa Margherita Boccapaduli e Alessandro Verri : lettere e altre testimonianze inedite », Paragone Arte

50 Gaspard Riche de Prony, « Mission de Rome, 7 octobre 1810-27 novembre 1811 », dans Journaux des missions en Italie de Gaspard Riche de Prony (

51 Gilles Bertrand, « L’attention au patrimoine chez les ‘gens de lettres’ du xviiie siècle. Réflexions autour du cas du voyage de Montesquieu en

52 M.Misson, Nouveau Voyage d’Italie, fait en l’année 1688, La Haye, H. van Bulderen, 1691, 2 vol. (rééd. jusqu’en 1743).

53 Michel Guyot de Merville, Voyage historique d’Italie contenant des recherches exactes sur le gouvernement, les mœurs, les fêtes., La Haye, 1729, 2 

54 Rien à voir, par conséquent, avec la longue chaîne des femmes qui dans l’Europe des Lumières s’intéressèrent aux sciences et qui, comme Émilie du

55 Voir supra note 5.

Notes

1 Roland Le Huenen, « Qu’est-ce qu’un récit de voyage ? », Littérales, n° 7, Les modèles du récit de voyage, Université de Paris X-Nanterre, 1990, p. 7-23.

2 Ce terme, utilisé par l’avis du « Libraire au lecteur » dans le Journal du voyage d’Espagne de François Bertaut en 1669 pour définir alors les voyages, sert de fil conducteur à de nombreuses études recueillies dans le volume de l’ADIREL (Association pour la Diffusion de REcherche Littéraire) : François Moureau, Marie-Christine Gomez-Géraud et Philippe Antoine (dir.), Itinéraires littéraires du voyage, Genève, Droz, 2013 (notamment p. 7-8 et p. 279).

3 Jacques Chupeau, « Le récit de voyage aux lisières du roman », Revue d’histoire littéraire de la France, 1977, n° 3-4, p. 536-553 ; Michel Bideaux, « Le voyage littéraire : genèse d’un genre », Littérales, n° 7, op. cit., p. 179-192.

4 Réal Ouellet, La relation de voyage en Amérique (xvie-xviiie siècle). Au carrefour des genres, Québec, Les Presses de l’Université Laval/Editions du CIERL, 2010.

5 Le mot Viaggio (voyage) figure dans le titre donné par Genovesi lorsqu’il recopie la seconde partie du manuscrit consacrée au voyage dans le sud (voir infra note 7). L’expression Diario (journal) della MsaBoccapadule Gentilefut employée au début du xxesiècle par Alessandro Giulini pour la copie de fragments du voyage dans le Nord et reprise dans son article « Milano ed i suoi dintorni nel diario di una dama romana del Settecento », Archivio storico lombardo, n° 44, 1917, fasc. 2, p. 353-381.

6 Ces différentes caractéristiques du journal de la marquise ont été dégagées par Ricciarda Ricorda à propos du seul passage jusqu’ici publié, celui sur Milan et les lacs, Viaggiatrici italiane tra Settecento e Ottocento. Dall’Adriatico all’altrove, Bari, Palomar, 2011, p. 31-35.

7 L’original de la première partie du Viaggio d’Italia della marchesa Sparapani Gentili Boccapadule, narrant le voyage dans le Nord de l’Italie, est perdu, mais une copie partielle très postérieure conservée à Milan (Archivio della Società Storica Lombarda, Fondo Novati, busta 48, fasc. 194. 63) suggère qu’il comportait au moins 312 pages auxquelles s’ajoutaient peut-être celles relatant le retour de Florence à Pievefavera par Bologne, dont nous ignorons la longueur. La copie de la seconde partie que nous possédons, complète et contemporaine de la marquise, est de la main de Domenico Genovesi (Archivio di Stato di Roma, Fondo del Drago, busta 130).

8 Voir la liste dressée par Luca Clerici, Viaggiatori italiani in Italia, 1700-1998. Per una bibliografia, Milan, Edizioni Sylvestre Bonnard, 1999. Sur l’exemple des nobles de Plaisance ayant voyagé en Italie à la fin du xviiie siècle, voir Gilles Bertrand, « Piacenza e il viaggio in Italia : itinerari di francesi e di piacentini all’epoca dei lumi », dans Giorgio Cattanei (dir.), Il Collegio Alberoni nella Piacenza tra Ancien Régime e Restaurazione, Plaisance, Tip. Le. Co, 2009, p. 203-234.

9 Des étapes de son voyage en Italie en 1795-1796, Ippolito Pindemonte cite Portici et Pompéi, Mantoue, Crémone, Plaisance, Milan, Parme, Modène, Bologne et Florence (Eros Maria Luzzitelli, Introduzione all’edizione dei diari dei viaggi d’Ippolito Pindemonte in Europa (1788-1791) ed in Italia (1795-1796), Venise, Istituto Veneto di Scienze, lettere ed Arti, 1987).

10 Notamment Carlo Amoretti vers les lacs Majeur, de Lugano et de Come, et le naturaliste Giorgio Santi au Montamiata. Voir L. Clerici, Viaggiatori italiani…, op. cit., p. 66-68.

11 I viaggi, Venise, Carlo Palese, 1793, cité par R. Ricorda, Viaggiatrici italiane…, op. cit., p. 17. Diverses informations rassemblées dans ce paragraphe sont tirées de cet ouvrage.

12 Le Diario di viaggio e visita di Firenze a été publié deux cents ans plus tard par Cinzia Giorgetti, « Il “petit tour” di Isabella Teotochi Albrizzi », Studi italiani, n° 8, 1992, p. 117-173. Isabella Teotochi visita la Toscane en 1796, puis en 1798.

13 Voir Isabella Colucci, « Il salotto e le collezioni della marchesa Boccapaduli », Quaderni storici, 2004/2, n° 116, p. 449-493, en particulier p. 486.

14 Respectivement Lady Montagu en 1763 (posthume :Letters written during her Travels in Europe, Asia and Africa etc., London, Becket, 3 vol.), Lady Miller en 1776 (Letters from Italy, London, E. and C. Dilly, 3 vol.), et en 1789 Lady Craven (A Journey through the Crimea to Constantinople etc, Dublin, Chamberlaine et al.,) et Mrs Piozzi (Observations and Reflections made in the course of a Journey through France, Italy and Germany, Londres, A. Strahan, 1789). On allait en revanche ignorer longtemps les écrits de Lady Coke sur son voyage de 1773-1774, de Philippina Knight et de sa fille Cornelia sur leur séjour entre 1778 et 1800, de Miss Berry sur ses deux séjours entre 1783 et 1791. Au même moment que la marquise Boccapaduli, Mariana Starke, Lady Holland et Lady Palmerston sillonnaient la péninsule la plume à la main. Sur la chronologie de ces voyages et des textes qui en sont issus, voir Nicolas Bourguinat, « Bibliographie du voyage des femmes françaises et britanniques en Italie, 1770-1861 », Genre & Histoire, n° 9, automne 2011 (<http://genrehistoire.revues.org/1461>).

15 Ainsi Friederike Sophie Wilhelmine de Prusse en 1754, la duchesse de Saxe-Weimar-Eisenach en 1788 ou la comtesse de Lichtenau en 1795. Il fallut attendre 1815-1817 pour que soit publié le journal d’Elisa von der Recke relatant son voyage de 1804-1806. Voir Nicolas Bourguinat, « Du voyage féminin au manifeste politique », dans Friederike Brun, Lettres de Rome (1808-1810). La Rome pontificale sous la domination napoléonienne, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2014, p. 113-151, en particulier p. 116-119 et 149-150.

16 Sur ce sujet, voir la discussion à propos de l’Italie pré-révolutionnaire dansNicolas Bourguinat, « Traces et sens de l’Histoire chez les voyageuses françaises et britanniques dans l’Italie préunitaire (1815-1861) », Genre & Histoire, n° 9, automne 2011, (<http://genrehistoire.revues.org/1460>). En 1762 étaient parues à Lyon les Lettres sur l’Angleterre, la Hollande et l’Italie de Madame du Boccage issues de son voyage effectué en 1755-1758, à l’âge de 45 ans, puis en 1777 les Oeuvres mêlées (Amsterdam, 1777) de l’Irlandaise Sara Goudar, épouse d’Ange Goudar, avec des pages sur Naples et Florence. Les Lettres d’Elisabeth Rangoni, princesse de Gonzague, sur son voyage de 1779-1780 parurent en 1789. Mais les mémoires de Madame de Genlis, venue en Italie en 1776, ne furent publiés qu’en 1825 et le séjour de Mme Vigée Le Brun, émigrée dans la péninsule de 1789 à 1792, est raconté dans ses souvenirs édités en 1835-1837. En amont de Corinne (1807), Madame de Staël allait aussi écrire un carnet, resté longtemps inédit, pendant son voyage accompli en Italie de décembre 1804 à juin 1805 (Simone Balayé, Les carnets de voyage de Madame de Staël. Contribution à la genèse de ses œuvres, Genève, Droz, 1971).

17 Quelques femmes recoururent malgré tout au genre du journal à l’époque de la marquise Boccapaduli, sans pour autant le publier : Lady Coke en 1770-1771, Miss Berry en 1783-1784 et 1790-1791, Lady Holland en 1793-1796, la femme peintre Marianne Kraus en 1791, Isabella Teotochi Albrizzi en 1798, Friederike Brun en 1795-1796 et 1798-1799, Elisa von der Recke en 1804-1806. Ce dernier fut le seul publié du vivant de l’auteur, de façon très confidentielle en allemand en 1815-1817 puis en version française en 1819 (voir N. Bourguinat, « Du voyage féminin au manifeste … », op. cit.).

18 Voir les lettres et les journaux de Simon-Louis Du Ry présentés dans ce même numéro par Adeline Rege, p. 35-50.

19 Voir Luisa Ricaldone, La scrittura nascosta : donne di lettere e loro immagini tra Arcadia e Restaurazione, Paris-Fiesole, Champion-Cadmo, 1996 et Verina R. Jones, « Scrittrici d’Italia : geografia e storia della scrittura delle donne », dans Ilona Fried et Elena Baratono (dir.), Il Novecento. Un secolo di cultura : Italia e Ungheria, Budapest, Elte TFK, 2002, p. 121-130.

20 De nombreuses femmes italiennes diffusèrent le newtonianisme ou s’illustrèrent au xviiie siècle dans les sciences exactes. Ainsi Laura Bassi à Bologne, Maria Gaetana Agnesi à Milan, Cristina Roccati à Rovigo ou encore à Naples Eleonora Barbapiccola, Faustina Pignatelli et Luisa Ardinghelli.

21 La marquise Boccapaduli et Alessandro Verri passent l’été 1794 et l’été 1795 dans le château de Pievefavera. Sur ce séjour, voir Nicola Raponi, « Alessandro Verri a Pievefavera (1793-1795). Allarmi rivoluzionari e scoperta di un tranquillo rifugio nella provincia romana », Archivio storico lombardo, n° 131-132, 2005-2006, p. 221-263.

22 On trouve néanmoins trace par la correspondance de Verri des dates précises de deux séjours intercalés dans ceux de Venise (une semaine à Padoue) et de Milan (dix jours à Turin en janvier 1795).

23 Seules 38 pages sont consacrées à Florence dans la première partie du Viaggio (p. 274-312) contre 176 pages à Naples et à ses environs dans la seconde partie (p. 23-199), et encore n’intègre-t-on pas ici le compte rendu de l’excursion à Bénévent et de l’accident survenu au retour. Certes le déséquilibre était présent dans les guides de l’époque, mais pas à ce point.

24 « Forestieri arrivati il primo corrente colla corriera di Firenze », Annotation des arrivées d’étrangers à Venise, octobre 1794-février [1795], Archivio di Stato di Venezia, Inquisitori di Stato, busta 772.

25 Barbara Hodgson, Les Aventurières, xviie-xixe siècles. Récits de femmes voyageuses, Paris, Seuil, 2002 ; Alexandra Lapierre et Christel Mouchard, Elles ont conquis le monde : les grandes aventurières 1850-1950, Paris, Arthaud, 2007.

26 C’est le point de vue retenu par Elisabeth Garms-Cornides sur la littérature de voyage féminine (« Esiste un Grand Tour al femminile ? », dans Dinora Corsi (dir.), Altrove. Viaggi di donne dall’Antichità al Novecento, Rome, Viella, 1999, p. 182-183). La question de la féminité du regard de la marquise n’en reste pas moins posée.

27 Cette question a été clairement posée par I. Colucci, « Il salotto. », op. cit., p. 449.

28 Cette comtesse née en 1746, qui tenait salon à Bergame, tira de son voyage en 1788 le poème « Il viaggio di Genova e di Toscana », dans Poesie della contessa Paolina Secco-Suardo Grismondi, tra le pastorelle arcadi Lesbia Cidonia, Bergame, Mazzoleni, 1820, p. 171-179.

29 E. Garms-Cornides, « Esiste un Grand Tour… ? », op. cit., p. 180-181.

30 Marina Caffiero, « Per una storia delle scritture delle donne a Roma in età moderna e contemporanea », introduction au volume Scritture di donne. La memoria restituita, Rome, Viella, 2007, p. 24. C’est moi qui traduis.

31 Fabio Tarzia, « Libri e letture di una dilettante : il caso della marchesa Gentili e i progetti letterari di Alessandro Verri », dans Id., Libri e Rivoluzione. Figure e mentalità nella Roma di fine ‘ancien régime’ (1770-1800), Milan, FrancoAngeli, 2000, p. 125-161.

32 Grazietta Butazzi, « Moda e lumi. Il ritratto della marchesa Margherita Gentili Sparapani Boccapaduli di Laurent Pécheux », dans Liliana Barroero et Stefano Susinno (dir.), La città degli artisti nell’età di Pio VI, numéro de Roma moderna e contemporanea, 2002, X, 1-2, p. 231-239.

33 Marina Pieretti, « Il Viaggio d’Italia di Margherita Sparapani Gentili Boccapaduli », dans Marina Caffiero et Manola Ida Venzo (dir.), Scritture di donne. La memoria restituita, Rome, Viella, 2007, p. 61-77, ici p. 66. Voir aussi Ead., « Margherita Sparapani Gentili Boccapaduli. Ritratto di un nobildonna romana (1735-1820) », dans Donne a Roma. Ruoli sociali, presenze pubbliche e vite private (Rivista storica del Lazio, 2000-2001, VII-XIX, n° 13-14), p. 81-137.

34 Marina Caffiero, « Questioni di salotto ? Sfera pubblica e ruoli femminili nel ‘700 », dans Maria Luisa Betri et Elena Brambilla (dir.), Salotti e ruolo femminile in Italia : tra fine Seicento e primo Novecento, Venise, Marsilio, 2004, p. 527-538, ici p. 534-535.

35 G. Butazzi, « Moda e lumi . », op. cit. ; M. Pieretti, « Il Viaggio d’Italia. », op. cit.

36 Jérôme de Lalande, Voyage d’un François en Italie fait dans les années 1765 et 1766, Paris, Desaint, 1769, 8 vol.

37 Jean-Claude Richard de Saint-Non, Voyage pittoresque ou description des Royaumes de Naples et de Sicile, Paris, impr. de Clousier, 1781-1786, 4 vol. ; Jean Hoüel, Voyage pittoresque des isles de Sicile, de Malte et de Lipari, Paris, Impr. de Monsieur, 1782-1787, 4 vol.

38 Tous les passages du Journal de la marquise ont été traduits par moi ; les italiques sont aussi de moi.

39 Note du consul Denis Leblond du 4 juin 1793, Ministère des Affaires Étrangères, Centre des Archives Diplomatiques de Nantes, 724PO/1/7.

40 Gilles Bertrand, Le Grand Tour revisité. Pour une archéologie du tourisme : le voyage des Français en Italie, milieu xviiie siècle-début xixe siècle, Rome, École française de Rome, 2008, p. 540.

41 Gilles Bertrand, « Construire un discours sur la montagne : nobles et savants vers les Alpes occidentales au tournant des Lumières (v. 1760-v. 1820) », dans Gilles Bertrand et Alain Guyot (dir.), Discours sur la montagne (xviiie-xixe siècles). Rhétorique, science, esthétique, Berne, Peter Lang, 2001, t. 1-2, p. 93-130 (Compar(a)ison. An International Journal of Comparative Literature, n° 8, 2001).

42 I. Colucci, « Il salotto. », op. cit., p. 457-464.

43 « Florence »,Viaggio., première partie, Fondo Novati, busta 48, fasc. 194. 63, f. 12.

44 Viaggio., seconde partie, f. 189.

45 Sur la réticence de la culture lombarde du xviiie siècle, jusqu’à Pietro Verri compris, à l’égard d’une publicité des lieux de rencontre privée, voir l’intervention de Carlo Capra dans M. L. Betri et E. Brambilla (dir.), Salotti e ruolo femminile…, op. cit., p. 244-245.

46 Élisabeth Chevallier, « Le lazzarone napolitain vu par les voyageurs étrangers du xviiie siècle : est-il bon, est-il méchant ? », Bulletin de l’Association amicale des anciennes élèves de l’ENS de Fontenay-aux-Roses, n° 90, novembre 1970, p. 18-29.

47 Charles César Baudelot de Dairval, De l’utilité des voyages et de l’avantage que la recherche des antiquitez procure aux sçavans, Paris, Pierre Auboüin et Pierre Émery, 1686, 2 t.

48 Charlotte Guichard, Les amateurs d’art à Paris au xviiie siècle, Seyssel, Champ Vallon, 2008.

49 Isabella Colucci, « Antonio Canova, la marchesa Margherita Boccapaduli e Alessandro Verri : lettere e altre testimonianze inedite », Paragone Arte, 49, 1998, n° 579, « Ricerche d’archivio », p. 64-74.

50 Gaspard Riche de Prony, « Mission de Rome, 7 octobre 1810-27 novembre 1811 », dans Journaux des missions en Italie de Gaspard Riche de Prony (Champs-sur-Marne, Archives de l’École des Ponts et chaussées, ms. 1817, vol. 2).

51 Gilles Bertrand, « L’attention au patrimoine chez les ‘gens de lettres’ du xviiie siècle. Réflexions autour du cas du voyage de Montesquieu en Italie », dans Sandra Costa et Maria Luigia Pagliani (dir.), Connaître, conserver, diffuser le patrimoine artistique et historique. Aspects institutionnels et dimensions socio-économiques, Bologne-Grenoble, Istituto per i Beni culturali della Regione Emilia-Romagna-CRHIPA, 2006, p. 81-103.

52 M.Misson, Nouveau Voyage d’Italie, fait en l’année 1688, La Haye, H. van Bulderen, 1691, 2 vol. (rééd. jusqu’en 1743).

53 Michel Guyot de Merville, Voyage historique d’Italie contenant des recherches exactes sur le gouvernement, les mœurs, les fêtes., La Haye, 1729, 2 vol. ; Pierre-Jean Grosley, Nouveaux mémoires ou Observations sur l’Italie et sur les Italiens, Londres, J. Nourse, 1764.

54 Rien à voir, par conséquent, avec la longue chaîne des femmes qui dans l’Europe des Lumières s’intéressèrent aux sciences et qui, comme Émilie du Châtelet, laissèrent des écrits substantiels. Sur l’autobiographie tardive de la marquise, restée manuscrite, voir les articles déjà cités de M. Pieretti.

55 Voir supra note 5.

References

Bibliographical reference

Gilles Bertrand, « L’écriture de soi d’une femme de la haute société romaine : la marquise Boccapaduli en voyage dans l’Italie d’avant le triennio jacobin (septembre 1794 à décembre 1795) », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe, 6 | 2015, 13-33.

Electronic reference

Gilles Bertrand, « L’écriture de soi d’une femme de la haute société romaine : la marquise Boccapaduli en voyage dans l’Italie d’avant le triennio jacobin (septembre 1794 à décembre 1795) », Source(s) – Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe [Online], 6 | 2015, Online since 22 septembre 2023, connection on 16 avril 2024. URL : https://www.ouvroir.fr/sources/index.php?id=345

Author

Gilles Bertrand

Gilles Bertrand est professeur d’histoire moderne à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble.

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