Odorat et émotion. Expression affective et introspection dans les arts figurés https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=380 Les odeurs sont des déclencheurs d’états émotionnels bien contrastés, spontanément interprétés selon la bipolarité hédonique « agréable‑désagréable ». Le constat de la bipolarité affective des odeurs, validé par les spécialistes actuels de la cognition, semble se vérifier dans les arts figurés dès l’époque moderne : ce sont soit les parfums, soit les relents qui sont exploités par les artistes. Tandis que le déplaisir olfactif est exprimé à grand bruit dans les registres comiques ou satiriques, le thème allégorique de l’odorat, tel qu’il se développe dans la France et l’Angleterre de la fin du 17e et du 18e siècle, ne donne pas lieu à la représentation d’expressions émotionnelles très marquées. Pourtant, cette apparente neutralité ne peut ou ne veut pas forcément signifier une absence d’émotion. Par conséquent, cet article vise à mettre en lumière les affects se cachant derrière cette apparente indifférence aux émotions induites par les odeurs ; et ce dans une période où artistes et théoriciens de l’art sont pourtant préoccupés par la traduction en images des mouvements de l’âme et des passions. Au 18e siècle, deux types d’allégories picturales de l’odorat ont été principalement exploitées : les scènes galantes valorisant le partage de l’expérience sensorielle et les portraits allégoriques, moments intimes dans lesquels la sensation est intériorisée. Au sein de ce corpus nous envisagerons les liens entre l’olfaction et la figuration du sentiment amoureux, de la séduction au désir, pour mieux comprendre ensuite la représentation picturale des états introspectifs déclenchés par l’inhalation d’une odeur. Au terme de cette enquête, nous verrons que les arômes plaisants qui se dégagent des œuvres rassemblées pour cette étude, ne sont ni anecdotiques ni ornementaux, et suggèrent des émotions plus fortes qu’elles ne paraissent à première vue. Smells trigger much contrasted emotional states, invariantly interpreted in terms of “pleasant‑unpleasant”. This hedonic bipolar dimension, acknowledged by contemporary cognitive scientists, seems to be reflected in modern era figurative arts. In paintings or engravings, olfactory signs used by artists showed opposite trends: it is either delightful perfumes or stench that are invoked. In this period, whereas satire and caricature are exaggerating the unpleasant sides of odours, classical allegories of smell are however not giving rise to the representations of emotional expressions. 18th century French and English artists have selected two ways of representing pleasant smells: couples invested in gallantry scenes and intimate allegorical portraits. In both themes, however susceptible to bring about emotions, emotional expressions induced by smells remain neutral. This article sheds light on the affects that could be concealed by this noticeable lack of expression, especially in a period where the depiction of emotions and passions is a core concern for art theorists and artists. We will first consider the relationships between smell and love, from seduction to desire in gallant allegories, in order to grasp the significance of the depiction of the introspective state triggered by scents in intimate portraits. We will then argue that the perfumes escaping through some selected scenes, are neither anecdotal nor ornamental, but suggest stronger emotions than appears at first glance. Numéros en texte intégral Émotions dans les sciences humaines et sociales Varia fr mar., 09 nov. 2021 14:53:40 +0100 jeu., 09 nov. 2023 11:40:34 +0100 https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=380 0