Les émotions populaires à l’assaut des ambassades https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=336 Depuis la généralisation du système diplomatique européen initiée à Vienne en 1815, ambassades et consulats sont devenus les cibles de plus en plus récurrentes d’explosions de colère provoquées par différents types d’émotions collectives. L’article présenté ici vise à analyser les origines de ce phénomène. Centré sur une période – de 1815 à l’entre‑deux‑guerres – où de tels épisodes étaient d’autant plus transgressifs qu’ils étaient encore exceptionnels, cet article montre comment se forment les différents types d’« émotions diplomatiques » qui font aujourd’hui régulièrement la une de l’actualité. De Téhéran en 1829 à l’Europe ou l’Amérique latine des années 1920, il s’agit de comprendre comment certaines formes d’émotions populaires se sont progressivement tournées contre les représentations diplomatiques, et de s’interroger sur ce que cette nouvelle pratique révèle de l’assimilation du système diplomatique par les populations. La confrontation entre une émotion collective souvent exprimée par la violence et un système de relations codifié et intellectualisé, ne peut être lue comme la simple opposition entre un déchaînement de passions primitives et un comportement rationnalisé ou civilisé. Chacun des épisodes étudiés souligne plutôt l’évolution de la perception de l’artifice diplomatique par les populations aux quatre coins du monde : l’exposition croissante des représentations diplomatiques aux émotions populaires apparaît surtout comme le signe de la progressive reconnaissance de leur représentativité. Le besoin de protection, parfois paranoïaque, est le premier résultat de cette nouvelle vulnérabilité diplomatique : il conduit directement aux ambassades barricadées devenues aujourd’hui familières. Élevant des barrières infranchissables entre diplomates et populations qui les accueillaient, il changea profondément – et sans doute irrémédiablement – le sens du contact et de l’immersion diplomatiques. Since the rigid codification and gradual worldwide extension of the European diplomatic system initiated at Vienna in 1815, embassies, consulates and other forms of diplomatic implantations abroad have been more and more frequently targeted by local populations, in outbursts of rage triggered by different forms of collective emotions. The article presented here aims at analyzing the origins of this phenomenon. Focusing on a period – between 1815 and the interwar‑years – when such episodes were still exceptional and highly transgressive events, it intends to show how the different kinds of “diplomatic emotions” that have become a common item in international news today, emerged and took then form. From Tehran 1829 to Europe and Latin America in the 1920’s, it seeks to understand why and how popular emotions got progressively used to targeting diplomatic representations abroad, and what this new “habit” says about popular understanding of the diplomatic system. The confrontation between collective—and most of the time violent—emotions on one side, and a codified system of international relationships on the other, can indeed not be seen only as the bare opposition between unleashed primitive passions, and rationalized or civilized behaviour. Each episode of the long century presented here underlines much more the evolution of the perception of the diplomatic mechanisms by populations all over the planet, and the growing exposure of embassies and consulates to collective anger or frustrations appears mainly as the result of the gradual recognition of their legitimacy. The sometimes paranoiac need of safety quickly became the consequence of their new vulnerability: it lead to the over‑protected embassies that we know today. Building strong bars between diplomats in residence abroad and the cities they lived in, it profoundly changed the signification of diplomatic contact, and immersion. Numéros en texte intégral Émotions dans les sciences humaines et sociales fr mar., 09 nov. 2021 14:52:51 +0100 jeu., 09 nov. 2023 11:39:38 +0100 https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=336 0