Les relations entre soignants et soignés sans-abri à Strasbourg : entre négociation, adaptation mutuelle et conflits ouverts https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=159 Après quelques temps passés dans la rue, les personnes sans-abri développent des logiques d’action particulières qui découlent de leur besoin de survivre dehors. Ces conditions de vie aboutissent généralement à un état de santé très dégradé. Pourtant, on observe des situations de refus de soins, où la personne sans-domicile explique ne pas vouloir consulter de médecin ou se rendre à l’hôpital, voire même où elle s’oppose aux soins qui lui sont proposés et dont elle aurait besoin. Parallèlement, il se produit parfois qu’une personne sans-abri soit renvoyée de l’hôpital ou du cabinet médical, souvent pour des raisons de manque d’hygiène, de comportement agressif ou inadapté, alors qu’elle cherchait à s’y faire soigner.L’analyse des interactions entre personnels de santé et soignés sans-domicile met en évidence que les logiques d’action de ces deux groupes sont très éloignées. Leurs valeurs divergent également : ils n’ont pas le même rapport au corps, à la santé et au pathologique, ce qui produit d’importants malentendus et de nombreuses incompréhensions.Pourtant, ils mettent en place des compromis, grâce à des adaptations mutuelles et des négociations constantes. Le personnel de santé recherche une relation basée sur la confiance, tout en gardant une certaine distance afin que chacun soit protégé au cours de ses interactions. Les soignés acceptent ainsi plus facilement de dévoiler leurs souffrances, leurs difficultés, leurs corps. Les soignants, quant à eux, s’impliquent moins personnellement dans les échanges, en endossant le rôle de médecin ou d’infirmier.Ils réussissent ainsi à supporter les souffrances auxquelles ils doivent faire face. Les vulnérabilités respectives de ces deux groupes sont importantes. Elles sont à l’origine des situations extrêmes évoquées plus haut. Les négociations, compromis et adaptations mutuelles sont autant de moyens d’atteindre une meilleure prise en charge médicale. After living in the streets without a regular dwelling, the homeless population develop particular modes of behaviour resulting from survival needs. Their living conditions can adversely affect their health, but they sometimes reject healthcare. In certain situations, homeless people may refuse to go to the hospital or see a physician despite their need for proper medical care. They may also decline the assistance they are offered, however much they need it. Likewise, healthcare can be denied to them at hospitals or private practices, which is often due to their lack of hygiene, aggressive or inappropriate behaviour.Analysing the interactions between healthcare workers and the homeless population show how different their respective logics of action are. They also have different values: their perceptions of health, illness and body image differ, which can be the cause of many misunderstandings.Nevertheless, both sides make compromises through negotiations and mutual adaptation. Healthcare workers aim at creating a relationship based on confidence and manage to keep some distance in order to face any type of situation or suffering by taking on the role of a doctor or a nurse. The homeless thus accept more easily to part with their pain, difficulties and body.This way, human vulnerability and personal integrity are respected on both parts, and a quality healthcare can be delivered. Numéros en texte intégral Conflits et malentendus culturels fr lun., 08 nov. 2021 09:47:05 +0100 jeu., 09 nov. 2023 09:35:03 +0100 https://www.ouvroir.fr/strathese/index.php?id=159 0