Silenced Women Authors of the Nordic Area (1870-1914) / The Telling of a Modern North: Identities, Images and Critics https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=730 Le premier dossier vise à mettre en lumière les femmes invisibles ou réduites au silence de la Percée moderne. Sujet désormais très investi dans les études littéraires en français, ses manifestations dans le Nord – région encore relativement méconnue, relativement peu traduite en français, mais souvent associée à un féminisme progressiste – restent souvent négligées par les chercheur(e)s francophones. Ce dossier propose une bibliographie actualisée de ce matrimoine nordique disponible en français, comblant ainsi certaines lacunes et encourageant la création d’un réseau de recherche. Le second constitue la première partie d’un projet interrogeant les transformations des représentations culturelles du Nord, notamment à l’articulation entre les récits et les images des espaces du Nord en Europe, dans le contexte de la construction de récits constitutifs et critiques d’une forme de modernité. Les approches critiques convergent à démontrer la manière dont le Nord peut soutenir un discours idéologique (de genre, de classe, d’identité nationale) et les outils qui le façonnent. Numéro entier en PDF (8 Mo). Numéros en texte intégral fr lun., 24 nov. 2025 10:09:45 +0100 mer., 03 déc. 2025 14:57:41 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=730 0 Les disparues https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=731 lun., 24 nov. 2025 10:12:24 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=731 “She hasn’t minced her words” https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=736 Helga Johansen’s Beyond. A Psychological Account (1900) is a pioneering modernist novel that fictionalizes the author’s experience of psychiatric institutionalization and addiction. Written under the pseudonym Hannah Joël, the text critiques the medical and social systems that pathologize female experience. Through an unreliable narrator and fragmented narrative, Johansen explores the dissolution of language, identity, and reality, reflecting broader patriarchal constraints on women’s intellectual and emotional autonomy. Long overlooked by mainstream criticism, Beyond has been reclaimed through feminist literary scholarship and is now recognized for its formal innovation and psychological depth. The novel’s relevance endures, resonating with contemporary narratives of mental illness and gender, and positioning Johansen as a vital figure in the literature of the Modern Breakthrough. Hinsides: En psykologisk Redegørelse (1900) de Helga Johansen est un roman moderniste novateur qui se fonde sur une expérience vécue par l’autrice, alors internée en psychiatrie du fait de son addiction à l’opium. Publié sous le pseudonyme d’Hannah Joël, le livre est une dénonciation en règle du système médical et de la société, qui ont tôt fait de faire de la condition féminine une pathologie. Recourant à une narratrice non fiable et à la technique de la fragmentation narrative, Johansen explore la dissolution du langage, de l’identité et de la réalité, mettant au jour la sujétion patriarcale qui empêchent les femmes de penser et d’aimer librement. Longtemps dédaigné par la critique universitaire, Hinsides a été redécouvert grâce aux études de genre. Le livre est désormais reconnu pour son innovation formelle et sa profondeur psychologique. Le roman conserve toute sa pertinence aujourd’hui, entrant en résonance avec les récits contemporains sur la maladie mentale et le genre. Il consacre Johansen comme une figure essentielle de la littérature de la percée moderne. lun., 24 nov. 2025 10:19:33 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=736 Becoming Visible https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=748 The Norwegian author Amalie Skram (1846-1905) continues to enjoy considerable popularity among students, scholars, and the general reading public in Scandinavia today. Her novels, all written in the Naturalist style, address issues such as the oppression of women and female sexuality, precarious existence and questions of class, as well as mental illness and the treatment of female patients in psychiatric institutions during Skram’s lifetime. However, in stark contrast to her high visibility in her home country, Skram remains almost entirely unknown to French readers—despite the fact that Norwegian authors of comparatively lesser contemporary popularity, such as Bjørnstjerne Bjørnson and Knut Hamsun, are well known in France. How might one account for this paradoxical situation? The following study is informed by Toril Moi’s “feminist appropriation” of Bourdieu. As Moi has demonstrated in her work on Simone de Beauvoir, the various forms of capital possessed by a woman become effective only within the broader social and cultural context. I first argue that Skram succeeded in positioning herself strategically within the Danish-Norwegian context, using her social and cultural capital to promote both herself and her work. She was able to do so because her writing was received during a period marked by a crisis in the gender system in Scandinavia, provoked by ongoing debates on sexual morality. Conversely, her attempts to gain a position as a writer in France were markedly unsuccessful. For example, she did not speak French, and for various reasons found herself excluded from the Norwegian community during her stay in Paris in the winter of 1895-1896. Secondly, the shifts in gender politics in the Scandinavian countries, particularly from the 1970s onwards, further facilitated Skram’s rise to prominence within the field of literary studies. By comparison, France did not undergo a comparable transformation, either in the literary field or in gender politics more broadly, that might have supported a similar reception of Skram’s work. Moreover, she was regrettably misinterpreted by leading French scholars of Scandinavian literature, and consequently remains largely unknown in France to this day. L’écrivaine norvégienne Amalie Skram (1846-1905) jouit encore aujourd’hui d’une popularité considérable auprès des étudiants, des chercheurs et du grand public en Scandinavie Ses romans, tous rédigés dans le style naturaliste, abordent des thèmes tels que la sujétion des femmes et leur sexualité, la précarité de l’existence, les questions liées à la classe sociale, mais aussi les troubles mentaux et la façon de traiter les patients dans les hôpitaux psychiatriques de l’époque. Cependant, en contraste frappant avec sa forte visibilité dans son pays d’origine, Skram demeure presque totalement méconnue du lectorat français – et ce, malgré la notoriété en France d’auteurs contemporains aujourd’hui moins populaires en Scandinavie, tels que Bjørnstjerne Bjørnson et Knut Hamsun. Comment expliquer un tel paradoxe ? La présente étude s’appuie sur l’« appropriation féministe » de Bourdieu proposée par Toril Moi. Comme Moi l’a montré dans ses travaux sur Simone de Beauvoir, les différentes formes de capital dont dispose une femme ne deviennent opérantes qu’au sein d’un contexte social et culturel donné. J’avance d’abord l’idée que Skram a su se positionner de manière stratégique dans le contexte dano-norvégien, mobilisant son capital social et culturel pour promouvoir à la fois sa personne et son œuvre. Elle a pu le faire car ses écrits ont été écrits à une époque marquée par une crise du système des genres en Scandinavie, crise provoquée par des débats intenses sur la morale sexuelle. A l’inverse, ses tentatives pour s’imposer en tant qu’écrivaine en France se sont révélées absolument infructueuses. Ainsi, elle ne parlait pas le français et, pour diverses raisons, elle s’est retrouvée exclue de la communauté norvégienne lors de son séjour à Paris durant l’hiver 1895-1896.En second lieu, les transformations des politiques de genre dans les pays scandinaves, notamment à partir des années 1970, ont contribué à consolider la place de Skram dans le champ des études littéraires. À l’inverse, la France n’a pas connu de transformation comparable, ni dans le champ littéraire ni, plus largement, sur le plan des politiques de genre, toutes choses qui auraient pu favoriser une réception similaire de l’œuvre de Skram. En outre, elle a malheureusement été l’objet d’interprétations erronées de la part des principaux spécialistes français de littérature scandinave, ce qui explique qu’elle demeure, jusqu’à aujourd’hui, largement méconnue en France. lun., 24 nov. 2025 10:20:39 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=748 Between Tradition and Transgression https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=760 Torfhildur Þorsteinsdóttir Hólm (1845-1918) was a pioneering Icelandic writer, journal editor and folktale collector. She wrote the first Icelandic historical fiction and was Iceland’s earliest professional female author. Nevertheless, the reception of her works was marked by ambivalence, while she was widely read, she was dismissed by critics who questioned her intellect and creativity, often emphasizing her gender and status. Torfhildur embodied many of the characteristics of the “New Woman”, that was emerging around her time, independent, unmarried, educated and working outside the home, yet her literary works often reinforced dominant gender ideologies. Later, women’s rights advocates championed her as a symbol progress. Today, over a century after her death, Torfhildur’s grave remains unmarked, and her memory has faded from public memory. A recent effort to locate and commemorate her burial site reflects renewed interest in her legacy, and raises broader questions about how women writers are, and should be, remembered and recognized. Torfhildur Þorsteinsdóttir Hólm (1845-1918) est une des premières autrices islandaises. Elle a également dirigé une revue et collecté des contes issus de la tradition populaire. Elle est l’autrice du premier roman historique islandais et fut la première femme écrivaine professionnelle du pays. Toutefois la réception de son œuvre fut marquée par l’ambivalence : bien que très lue, elle était méprisée par les critiques, qui remettaient en question sa capacité à penser et son talent littéraire, préférant le plus souvent insister sur son genre et son statut. Torfhildur était en de nombreux points une « Nouvelle Femme », type alors émergent : elle était indépendante, n’était pas mariée, avait été éduquée et gagnait sa vie hors de son foyer. Il n’en reste pas moins que ses œuvres vont souvent dans le sens des idéologies alors dominantes en matière de genre. Plus tard, les défenseurs des droits des femmes firent d’elle un symbole de progrès. Aujourd’hui, plus d’un siècle après sa mort, la tombe de Torfhildur reste anonyme, et son souvenir s’est estompé dans la mémoire collective. De récents efforts, visant à localiser son lieu de sépulture, en vue de la célébrer, reflètent un regain d’intérêt pour son héritage et soulèvent des questions plus larges sur la manière dont les autrices sont – et devraient être – reconnues et commémorées. lun., 24 nov. 2025 10:21:55 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=760 Disappearing Acts https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=772 This article focuses on Anna Wahlenberg, one of the Swedish women writers of the so-called Åttiotalsgenerationen [the (18)80s generation], a category established in Swedish literary historiography that refers to the young writers who, inspired by August Strindberg and the Modern Breakthrough, used literature as a platform for social criticism, and who proliferated during the 1880s. Like most women included in that group, Wahlenberg has been erased from the literary canon and from history. This article focuses on the discursive strategies that effected her systematic erasure from literary discourse in the context of a pervasive gender ideology. I will, accordingly, view literary history, definitions, genres, epochs, evaluations, and methods as they pertain to female authors with skepticism and suspicion, and see them as “products of long-term temporal chains of censorious events.” In re-reading Wahlenberg’s work in historical contexts rather than through the lens of established literary criticism and its imposition of generic structures, and in evaluating how she negotiated imposed regulating structures, I seek to break those “historiographic chains of silencing events” (Lindh Estelle 2023: 28). Cet article est consacré à Anna Wahlenberg, écrivaine suédoise de la génération dite Åttiotalsgenerationen [la génération des années 1880]. Cette catégorie de l’histoire littéraire suédoise fait référence aux jeunes écrivains, très nombreux dans les années 1880, qui, inspirés par August Strindberg et la percée moderne [“moderna genombrottet”], ont utilisé la littérature comme une plate-forme pour l’expression d’une critique sociale. Comme la plupart des autrices de ce groupe, Wahlenberg a été effacée de l’histoire et du canon littéraire. Cet article se concentre sur les stratégies discursives qui ont permis son effacement systématique du discours littéraire dans le contexte d’une idéologie de genre omniprésente. Je me propose donc de pratiquer un recul critique en matière d’histoire littéraire, de définitions, de genres, de périodisations, de réceptions et de méthodes appliquées aux autrices. Je choisis de les voir comme les produits de “chaines d’évènements de censure sur une longue durée”. En relisant l’œuvre de Wahlenberg dans son contexte historique plutôt qu’au prisme de la critique littéraire dominante, et des règles génériques qu’elle impose, et en évaluant la façon dont l’autrice a négocié avec ces structures de coercition, je cherche à briser ces “chaines historiographiques d’évènements qui conduisent à la silenciation” (Lindh Estelle 2023: 28). lun., 24 nov. 2025 10:27:41 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=772 Visible but Voiceless? https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=785 The article explores the presence of Dagny Juel Przybyszewka and her literary work in Norwegian culture, from late 19th century until to-day. Her writing, characterized by themes of female eros, anguish, and death drive, presents a unique female voice that challenges and reworks elements within the decadent and symbolist aesthetics of her time. As only parts of her oeuvre were published during her lifetime, it was her persona and her relations with male artists who secured an afterlife to her name. The discovery of unpublished works, combined with feminist literary criticism, and a film portraying her as a Bohemian queen, paved the way for an inclusion of Dagny Juel to Norwegian cultural heritage—a position in which the persona and media presence still may threaten to silence the literary voice. The article examines the intricate play between gender, cultural legacy, and aesthetic assessment in the reception of Dagny Juel in Norwegian literary culture. It argues that the media presence which at first sight may seem to silence the poet may in the long run be the means to ensure her literary legacy. L’article explore la présence de Dagny Juel Przybyszewka et son œuvre littéraire dans la culture norvégienne, de la fin du xixe siècle à nos jours. Ses écrits, caractérisés par les thèmes de l’éros féminin, de l’angoisse et de la pulsion de mort, présentent une voix féminine unique qui défie et retravaille des éléments de l’esthétique décadente et symboliste de son époque. Seule une partie de son œuvre fut publiée de son vivant, ce qui explique que sa postérité a reposé sur sa seule personne et sur les relations qu’elle a pu entretenir avec des artistes hommes. La découverte d’œuvres inédites, étudiées au prisme des études de genre, ainsi qu’un film la dépeignant comme une reine de la Bohême, a ouvert la voie à l’inclusion de Dagny Juel dans le patrimoine culturel norvégien. Mais cette position, qui met en avant sa personne et sa présence médiatique, menace toujours de faire taire la voix littéraire de l’autrice. L’article examine le jeu complexe entre le genre, l’héritage culturel et la légitimation esthétique, et soutient la thèse que la présence médiatique de la femme qui, à première vue, peut sembler effacer la poétesse, pourrait à long terme être le moyen d’assurer sa postérité poétique. lun., 24 nov. 2025 10:29:45 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=785 Now You See Her, Now You Don’t? https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=797 In Denmark today, Emma Gad (1849-1921) is remembered as the author of the classic etiquette book, Takt og Tone [Tact and good taste] (1918). She was, however, also a successful salon hostess and journalist, as well as the author of twenty-five plays published or performed between 1886 and 1916. Often highly innovative, these plays respond to the works of Ibsen and other European playwrights and intellectuals, but they use comedy and laughter to appeal to different factions in their audiences. Several of her plays, moreover, belong to the genre Stanley Cavell called in a study of Hollywood films of the thirties and forties “the comedy of remarriage.” Emma Gad’s theatrical works belong in the canon of modern or modernist drama. Au Danemark, Emma Gad (1849-1921) est aujourd’hui reconnue comme l’autrice de ce classique de l’étiquette qu’est Takt og Tone ([Tact et bon goût] (1918). Elle fut également une salonnière et une journaliste à succès. Elle a écrit vingt-cinq pièces publiées ou jouées entre 1886 et 1916. Souvent très novatrices, ces pièces répondent aux œuvres d’Ibsen et à celles d’autres dramaturges et intellectuels européens. Elles utilisent cependant la comédie et le rire pour séduire différents publics. Plusieurs de ses pièces appartiennent d’ailleurs au genre que Stanley Cavell nommait, à propos des films hollywoodiens des années 1930-1940, « comédies du remariage ». Les œuvres théâtrales d’Emma Gad s’inscrivent dans le canon du théâtre moderne ou moderniste. lun., 24 nov. 2025 10:35:37 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=797 Anne-Charlotte Leffler—Desire, Politics and Feminism https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=809 Anne-Charlotte Leffler (1849-1892) was a pioneering Swedish writer renowned for her bold depictions of female sexuality, her critique of gender roles, and her advocacy for women’s emancipation. A contemporary of August Strindberg and Ellen Key, she emerged as a central figure in Sweden’s literary and feminist movements during the Modern Breakthrough of the 1880s. Leffler challenged societal norms by writing candidly about desire, love, and marriage, often exposing the moral double standards imposed on women. In works such as Sanna kvinnor [True women] and Kvinnlighet och erotik II [Women and Sex II], she portrayed women exploring sexuality outside the confines of marriage, frequently suggesting that free love could be more ethical than traditional unions. Characters like Aurore in Aurore Bunge and Alie in Kvinnlighet och erotik II navigate desire, class expectations, and social judgment with a sense of agency that was exceptionally rare for female protagonists of the time. Her audacity sparked both scandal and admiration, ultimately establishing her as an icon of the “New Woman” in feminist discourse. Leffler’s narratives often reversed conventional gender roles, not only championing female liberation but also interrogating constructs of masculinity. Her male characters frequently expected women to center their lives around them—a dynamic she critically examined and subverted. Leffler’s literary career evolved from early realist plays such as Skådespelerskan [The Actress] (1873) to more symbolist and modernist works like Sanningens vägar [The Ways of Truth]. Despite personal hardships—including an unhappy first marriage and her controversial remarriage to Italian nobleman Pasquale del Pezzo—she remained committed to depicting authentic emotional and erotic experience. Her legacy endures for its radical critique of social norms, its nuanced exploration of gender and sexuality, and its unwavering insistence on equality—not only in politics and economics, but also in love and desire. Anne-Charlotte Leffler (1849-1892) écrivaine suédoise, fut une pionnière. On la connait pour ses descriptions audacieuses de la sexualité féminine, sa critique des assignations de genre et ses prises de position féministes. Contemporaine d’August Strindberg et d’Ellen Key, elle s’imposa comme une figure centrale des milieux littéraires et féministes suédois lors de la Percée Moderne des années 1880. Leffler défia les normes sociales en écrivant ouvertement sur le désir, l’amour et le mariage, mettant fréquemment en lumière les « doubles standards » moraux imposés aux femmes. Dans des œuvres telles que Sanna kvinnor [Les vraies femmes] and Kvinnlighet och erotik II [La femme et le sexe] elle représenta des femmes qui explorent leur sexualité en dehors du mariage, suggérant souvent que l’amour libre pouvait être plus moral que les unions traditionnelles. Des personnages comme Aurore dans Aurore Bunge ou Alie dans Kvinnlighet och erotik II naviguent entre leur désir, les attentes de la société et les contraintes imposées par leur classe sociale avec une liberté rare pour les héroïnes de ce temps. L’audace de Leffler suscita à la fois scandale et admiration, faisant d’elle une icône de la « Femme Nouvelle » dans les discours féministes. Les ouvrages de Leffler renversent souvent les assignations traditionnelles de genre : ils revendiquent la libération des femmes, tout en interrogeant la construction de la masculinité. Les personnages masculins de Leffler se pensent comme le centre du monde pour les femmes – une dynamique que Leffler analyse et subvertit de manière critique. Sa carrière littéraire évolua des premières pièces réalistes, comme Skådespelerskan [The Actress] (1873), vers des œuvres plus symbolistes et modernistes, telles que Sanningens vägar [Les Chemins de la vérité]. Malgré des épreuves personnelles — dont un premier mariage malheureux et un remariage controversé avec l’aristocrate italien Pasquale del Pezzo – elle resta fidèle à sa volonté de représenter des expériences affectives et érotiques sincères. Son œuvre demeure marquante par sa critique radicale des normes sociales, sa représentation subtile des questions de genre et de sexualité, et son exigence constante d’égalité – non seulement dans les sphères politique et économique, mais dans les domaines de l’amour et du désir. lun., 24 nov. 2025 10:39:58 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=809 Women Writing Finnish Naturalism https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=821 In this article I illustrate the role of women authors in the mediation and production of naturalism in Finland by means of two case studies, Minna Canth and Ina Lange. The naturalist novel has sometimes been considered as an attempt to appropriate realism as a masculine science and thus masculinize the novel, whereas women and their bodies only offered objects of study for narratives of decay and corruption. The work of Lange and Canth highlight how naturalism’s scientific discourse was transformed in the Nordic context, and how the naturalist novel served as an aesthetic form useful to raise a critical discussion on important social topics, including the female condition. At the same time, their work also demonstrates the plethora of naturalisms and directions that the movement took in the transnational context. It is important to note that the works of women authors of the era, or the work of women naturalists, do not constitute a unified category. This is reflected in the distinctive themes and forms of their work, ranging from Canth’s critique of legislation, tragic views, and drama to Lange’s turn towards fin-de-siècle topics, irony and sometimes satire. Dans cet article, j’examine le rôle joué par les autrices dans la médiation et la production du naturalisme en Finlande à travers deux études de cas, celles de Minna Canth et d’Ina Lange. On a parfois vu le roman naturaliste comme une tentative d’appropriation du réalisme en tant que science masculine, cherchant de ce fait à « masculiniser » le roman, les femmes et leurs corps servant seulement d’objets d’étude dans des récits de décadence et de corruption. Le travail de Lange et de Canth met en lumière la manière dont le discours scientifique du naturalisme s’est transformé dans le contexte nordique, et comment le roman naturaliste a servi de forme esthétique propice à l’ouverture d’un débat critique sur des questions sociales importantes, y compris la condition féminine. En même temps, l’œuvre des deux autrices démontre également la diversité des naturalismes et des orientations que le mouvement a prises dans un contexte transnational. Il est important de noter que les œuvres des autrices de cette époque, ou celles des naturalistes femmes, ne forment pas une catégorie homogène. Cela se reflète dans les thèmes et les formes distinctives de leurs productions, allant de la critique de la législation, de la vision tragique et du théâtre chez Canth, à l’orientation vers les sujets fin-de-siècle, l’ironie et parfois la satire chez Lange. lun., 24 nov. 2025 10:42:20 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=821 Introduction https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=834 lun., 24 nov. 2025 10:47:26 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=834 The Artic North https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=837 The article initially reflects on the paradoxical fact that the Arctic North—a region popularly perceived as empty and uninhabited—is characterized by an almost extreme anthropocentrism, characterized by an urge for a range of different male-dominated conquests. It then goes on to outline a list of narrative genres that have been used to describe the region in its two main forms: the concrete, geographical space and the abstract, cultural space. These genres have frequently centred on different narrative perspectives that have been either commercial, military, political, scientific, mythical, religious, historical or imaginative. The main part of the article then discusses how Fridtjof Nansen’s Farthest North (1897) represents a fascinating amalgamation of several genre elements, and how he very deliberately exploits these narrative forms as a means to promoting a voyage that the world at large regarded as a “suicidal act of bravado”. L’article commence par réfléchir au fait paradoxal que le Nord arctique, une région généralement perçue comme vide et inhabitée, se caractérise par un anthropocentrisme quasi-extrême, marqué par une soif de conquêtes dominées par les hommes. Il dresse ensuite une liste des genres narratifs qui ont été utilisés pour décrire la région sous ses deux formes principales : l’espace concret, géographique et l’espace abstrait, culturel. Ces genres se sont souvent concentrés sur différentes perspectives narratives, qu’elles soient commerciales, militaires, politiques, scientifiques, mythiques, religieuses, historiques ou imaginatives. Le corps de l’article examine ensuite comment l’ouvrage de Fridtjof Nansen, Farthest North (1897) représente une fusion fascinante de plusieurs genres, et comment l’auteur exploite très délibérément ces formes narratives afin de promouvoir un voyage que le monde entier considérait comme un « acte suicidaire de bravade ». lun., 24 nov. 2025 10:48:56 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=837 The Queer Fatality of Norwegian Nature https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=847 This contribution explores the novels Footsteps of Fate (Noodlot, published 1890) by Dutch author Louis Couperus and Monsieur Antinoüs et Madame Sapho (published 1899) by French writer Luis d’Herdy [a pseudonym for Louis Didier], together with the pseudonymously published German short story “Suicide” (“Freitod,” published 1924). In these texts, continental ideas of societal decadence meet a Norwegian landscape conceived as sublime and powerful. While Couperus constructs a fatalist plot in keeping with degeneration theory, d’Herdy treats derogatory conceptions of homosexuality in ludic ways. In the short story, the masculinist ideology of the interwar Männerbund is tied to an idea of the sublime and ultra-vital North, demonstrating how how ideas of the sublime North could undergird a celebration of male same-sex desire, albeit with misogynist and elitist aspects. Cette contribution explore les romans Footsteps of Fate (Noodlot, publié en 1890) de l’auteur néerlandais Louis Couperus et Monsieur Antinoüs et Madame Sapho (publié en 1899) de l’écrivain français Luis d’Herdy [pseudonyme de Louis Didier], ainsi que la nouvelle allemande publiée sous pseudonyme « Suicide » (« Freitod », publiée en 1924). Dans ces textes, les idées continentales de décadence sociale rencontrent un paysage norvégien conçu comme sublime et puissant. Alors que Couperus construit une intrigue fataliste conforme à la théorie de la dégénérescence, d’Herdy traite de manière ludique les conceptions critiques de l’homosexualité. Dans la nouvelle, l’idéologie masculiniste du Männerbund de l’entre-deux-guerres est liée à une idée du Nord sublime et ultra-vital, démontrant comment les idées du Nord sublime pouvaient sous-tendre une célébration du désir masculin entre personnes du même sexe, bien qu’avec des aspects misogynes et élitistes. lun., 24 nov. 2025 10:53:27 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=847 The Production of Place https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=858 The city of Stockholm has undergone significant architectural and urbanistic transformations in the post-World War II era. The impact has been felt across both central and historically significant neighbourhoods, as well as peripheral districts. Urban planning initiatives, including City 62 and Promenadstaden, have all placed significant emphasis on the concept of a city centre with appealing shopping facilities. However, these initiatives have also served to strengthen the concept of metronormativity, whereby the notion of centrality is reduced to the productive and capitalist values of consumption and accumulation.Drawing from both urban planning documents, Ruben Östlund’s film The Square and the novel Cigarett by Per Hagman, this article aims at investigating how literature and cinema have dealt with such changes and contributed to a new city perception. La ville de Stockholm a subi d’importantes transformations architecturales et urbaines après la Seconde Guerre mondiale. Les conséquences se sont fait sentir tant dans les quartiers centraux et historiquement importants que dans les quartiers périphériques. Les initiatives d’urbanisme, notamment City 62 et Promenadstaden, ont toutes mis l’accent sur le concept d’un centre-ville doté d’infrastructures commerciales attrayantes. Cependant, ces initiatives ont également contribué à renforcer le concept de métronormativité, selon lequel la notion de centralité est réduite aux valeurs productives et capitalistes de consommation et d’accumulation. S’appuyant à la fois sur des documents de planification urbaine, sur le film The Square de Ruben Östlund et sur le roman Cigarett de Per Hagman, cet article vise à examiner comment la littérature et le cinéma ont traité ces changements et contribué à une nouvelle perception de la ville. lun., 24 nov. 2025 10:57:42 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=858 Trolling Historiography https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=870 In Rövarna i Skuleskogen (1988), Kerstin Ekman narrates the emergence of modern Sweden from the perspective of a Northern troll. Upon the novel’s publication, it was not the story that Swedish society was used to hearing. The novel, scholars have argued, broke new ground through its focus on peripheral geographical regions and marginal cognitive faculties, contributing to a growing movement chipping away at the building blocks of postwar Sweden’s modernizing ideology. Much less noted, however, is that the novel articulates its historiographical intervention in large parts through epistemic practices: the troll is constantly involved in esoteric pursuits. This article situates that choice within the conventions of the novel’s genre, magical realism, by drawing on a conversation which has seen the political context behind the emergence of such genre conventions as one marked by defeat. Ekman’s novel, this article suggests, associates a liminal region to liminal practices in order to likewise narrate the Swedish past from a sense of loss. Dans Rövarna i Skuleskogen (1988), Kerstin Ekman raconte l’émergence de la Suède moderne du point de vue d’un troll nordique. À sa publication, ce roman ne correspondait pas à l’histoire à laquelle la société suédoise était habituée. Selon les chercheurs, le roman a innové en mettant l’accent sur des régions géographiques périphériques et des facultés cognitives marginales, contribuant ainsi à un mouvement croissant qui ébranlait les fondements de l’idéologie modernisatrice de l’après-guerre en Suède. On remarque cependant beaucoup moins que le roman articule son intervention historiographique en grande partie à travers des pratiques épistémiques : le troll est constamment impliqué dans des activités ésotériques. Cet article situe ce choix dans les conventions du genre du roman, le réalisme magique, en s’appuyant sur un débat qui a vu le contexte politique derrière l’émergence de ces conventions de genre comme marqué par la défaite. Le roman d’Ekman, suggère cet article, associe une région liminale à des pratiques liminales afin de raconter de la même manière le passé suédois à partir d’un sentiment de perte. lun., 24 nov. 2025 11:04:45 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=870 From Photographs to Fiction https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=882 In 1966, Dutch writer Willem Frederik Hermans published his novel Nooit meer slapen [Beyond Sleep], which follows Alfred Issendorf, a Dutch doctoral student in geology, during his field study in Finnmark, northern Norway. Alfred’s expedition ultimately proves disastrous, with Norway serving as a potent symbol of his personal and professional failures. Although the novel portrays Norway in a generally unfavorable light, several descriptions are clearly inspired by the photographs Hermans took while in Scandinavia five years earlier. Indeed, the relationship between his photos and novel can be understood as the literary transposition of the experiences and landscapes he documented. This study critically examines the distinctive characteristics and limitations of this multifaceted portrayal. Specifically, it considers whether Hermans’ novel presents an absolute vision of Norway or employs the country primarily as the setting for a broader meditation on academia and the nature of reality. En 1966, l’écrivain néerlandais Willem Frederik Hermans a publié son roman Nooit meer slapen [Au-delà du sommeil], qui suit Alfred Issendorf, un doctorant néerlandais en géologie, lors de son étude de terrain dans le Finnmark, au nord de la Norvège. L’expédition d’Alfred s’avère finalement désastreuse, la Norvège devenant un symbole puissant de ses échecs personnels et professionnels. Bien que le roman dépeigne la Norvège sous un jour généralement défavorable, plusieurs descriptions s’inspirent clairement des photographies prises par Hermans lors de son séjour en Scandinavie cinq ans plus tôt. En effet, la relation entre ses photos et son roman peut être comprise comme la transposition littéraire des expériences et des paysages qu’il a documentés. Cette étude examine de manière critique les caractéristiques distinctives et les limites de cette représentation à plusieurs facettes. Plus précisément, elle examine si le roman d’Hermans, présente une vision absolue de la Norvège ou s’il utilise principalement ce pays comme cadre pour une réflexion plus large sur le monde universitaire et la nature de la réalité. lun., 24 nov. 2025 11:21:02 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=882 “Forest for the Trees.” Metaphorical and Ethical Geography as a-ha’s True North https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=886 This article studies the Norwegian pop band’s multimedia project True North (2022), released both as a musical album and a film. Written, recorded and shot during the COVID-19 pandemic, this project, presented as a “letter” from the band’s homeland to the rest of the world, offers some considerations on the geographical North at the time of the ecological crisis. Setting the (rather formulaic) message against the more complex medialities in which it is framed, this article aims at showing how the “true north” that emerges in this project is more linked to an artistic identity shaped by alterity and circumstantial negotiations than to any essentialized geographical space. Cet article étudie le projet multimédia True North (2022) du groupe pop norvégien, sorti à la fois sous forme d’un album musical et d’un film. Écrit, enregistré et tourné pendant la pandémie de COVID-19, ce projet, présenté comme une « lettre » de la patrie du groupe au reste du monde, propose quelques réflexions sur le Nord géographique à l’heure de la crise écologique. En opposant le message (plutôt stéréotypé) aux médiatisations plus complexes dans lesquelles il s’inscrit, cet article vise à montrer comment le « true north » (« vrai nord ») qui émerge dans ce projet est davantage lié à une identité artistique façonnée par l’altérité et les négociations circonstancielles qu’à un espace géographique essentialisé. lun., 24 nov. 2025 11:24:50 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=886 « Ingólfur ! Mais quel Ingólfur ? » https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=896 L’habitat en tourbe (torfhús) est une auto-construction qui apparaît sur le territoire insulaire islandais lors de sa colonisation au 9e siècle. Les quelques maisons encore visibles prennent la forme de vestiges archéologiques, de bâtiments historiques tardifs et de reconstitutions physiques ou virtuelles nécessitant une maintenance régulière. Malgré une difficile patrimonialisation, la torfhús est au coeur d’enjeux historiques et idéologiques forts et elle permet aujourd’hui à des spécialistes variés d’exprimer leur islandicité. Focalisée sur la discipline archéologique, cette communication démontre que les archéologues font muter le récit national islandais reposant jusqu’alors sur de grandes figures fondatrices entre fiction et réalité. Ces changements du roman islandais, amorcés dès les années 1990, reposent sur un nouvel usage des sources écrites anciennes, la découverte et médiatisation de nouveaux vestiges, sur la pratique de la restitution et de l’expérimentation. The turf house (torfhús) is a type of self-built dwelling that appeared on the Icelandic islands during their colonisation in the 9th century. The few houses still visible today take the form of archaeological remains, late historical buildings and physical or virtual reconstructions requiring regular maintenance. Despite the difficulties of preserving it as heritage, the torfhús is at the heart of powerful historical and ideological issues and today allows various specialists to express their Icelandic identity. Focusing on the discipline of archaeology, this paper demonstrates that archaeologists are changing the Icelandic national narrative, which until now has been based on great founding figures, somewhere between fiction and reality. These changes in Icelandic history, which began in the 1990s, are based on a new use of ancient written sources, the discovery and media coverage of new remains, and the practice of restoration and experimentation. This paper is the result of doctoral research carried out in the field (2006-2017) and is based on bibliographical references and interviews with experts. lun., 24 nov. 2025 11:28:09 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=896 Carry van Bruggen, actrice de transferts culturels et traductrice engagée https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=906 À partir d’une lecture des articles de Carry van Bruggen sur la « littérature moderne », récemment traduits en français, la présente contribution pose la question de son rôle comme actrice de transferts culturels et partie prenante de réseaux littéraires et éditoriaux à dimension internationale. Pour amorcer l’étude de cette question, on se concentre ici sur ses réflexions et sa pratique de l’activité de traduction, en particulier de textes français. Le contexte de publication de ses traductions, dont un exemple marquant est particulièrement mis en lumière, fait ressortir son implication dans des réseaux intellectuels actifs et son engagement social. À la lumière de ses réflexions théoriques et au vu de sa pratique concrète, ses traductions apparaissent comme une partie intégrante de son œuvre créatrice, contribution consciente et engagée aux circulations littéraires internationales. Based on a reading of Carry van Bruggen’s articles on ‘modern literature’, recently translated into French, this contribution raises the question of her role in cultural transfers as well as in literary and publishing networks with an international dimension. To begin our study of this question, we focus here on her reflections on and practice of the activity of translation, particularly of French texts. The context in which her translations were published highlights her involvement in active intellectual networks and her social commitment. In the light of her theoretical reflections and on the basis of a short analysis of her translation techniques, her translations appear to be an integral part of her creative work, a conscious and committed contribution to international literary circulations. lun., 24 nov. 2025 11:33:48 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=906 Première de couverture https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=771 lun., 24 nov. 2025 10:22:49 +0100 https://www.ouvroir.fr/deshima/index.php?id=771